TIBALA

Chers amis de la liberté et de la souveraineté des peuples, La démocratie ne s'impose ni par la force, ni de l'étranger pas plus qu'elle ne s'achète ! Elle se construit pas à pas dans le respect des peuples et de leurs institutions souveraines. Mais courage, résistons et soutenons le souverainiste Laurent GBAGBO car son combat, c'est aussi le nôtre, celui de tous les citoyens libres et égaux en droit. Après avoir armé, formé, financé, renseigné et protégé les rebelles de OUATTARA depuis 2002, la France a imposé son poulain à la tête de la Côte d'Ivoire pour garder la mainmise sur les richesses de ce pays (pétrole, cacao, café,...). Elle participe activement à l'épuration ethnico-politique qui se poursuit dans l'indifférence coupable tant de la Communauté Internationale que des média et des partis de gouvernement.

mercredi 13 mai 2015

CÔTE D'IVOIRE : LA NEGATION DES VICTIMES I

RETOUR SUR L'ASSASSINAT DE FIRMIN MAHE (Première partie)

Il y a 10 ans, le 13 mai 2005, sur la route de Bangolo cette riche terre cacaoyère du sud-ouest de la Côte d'Ivoire, Firmin Mahé, jeune civil de 28/29 ans a été sauvagement torturé et assassiné par l'Armée française sur ordre des plus hautes autorités de cette dernière.

Après un hommage à l’occasion du 10ème anniversaire de la commémoration de sa tragique disparition en essayant de lui rendre sa dignité de fils, de frère, de père et tout simplement d’homme engagé dans la défense de son village et des institutions républicaines de son pays (I), nous continuerons de  revisiter l’affaire Mahé en trois temps.

En deuxième partie que nous vous livrerons prochainement, nous nous attacherons à faire l’état des lieux de cette affaire non seulement dans sa dimension judiciaire mais également dans le traitement corollaire de sa dimension humaine ou plutôt inhumaine, à travers l’acharnement physique et moral dont est victime la famille Mahé depuis 2005, mais surtout depuis le 11 avril 2011 (II).

La troisième partie qui suivra portera sur la dimension politique de l’assassinat de Firmin Mahé et l’impunité dont jouit la France et son Armée (le fameux « décrochage du sens moral » cher au Général Poncet qui a oublié de se l’appliquer à lui-même) au-delà de la parodie de procès à laquelle nous avons assisté et du déni total des droits de la victime et de ses proches, à l’instar de la plupart des victimes du camp Gbagbo depuis 2002 (III).

Mieux valant allumer une chandelle que de maudire l’obscurité comme le dit un proverbe chinois, notre quatrième et dernière partie esquissera des pistes de réflexion et d’action pour sortir de l’impunité (meilleure source de récidive) et du déni total des droits des victimes de la domination imposée aux anciennes colonies françaises d’Afrique que la métropole continue de considérer comme un pré-carré à piller et à museler au détriment de l’intérêt général des peuples (du Nord comme du Sud d’ailleurs !) (IV). Pour cette dernière partie, nous n’hésiterons pas à évoquer de nombreux crimes néocoloniaux tant ivoiriens que non ivoiriens ainsi qu’à réfléchir en termes de convergence des luttes.

  I. MAIS QUI ETAIT DONC FIRMIN MAHE ?

Avant donc d’aborder cette « Affaire Mahé » en termes judiciaires, politiques ou militants, nous allons nous attacher à  présenter Firmin Mahé, non pas le « coupeur de route »,  le « criminel », l’« ennemi public N°1 »,… qu’on en a fait de lui post-mortem pour justifier son lâche et barbare assassinat, mais le Firmin Mahé tel qu’il nous a été décrit par ses proches, principalement son frère Jacques, son neveu Basile et les témoignages recueillis de ses sœurs Joséphine, Yvonne et Léontine en sus de sa dernière compagne Edith et de sa première femme Sylvie, la mère de son fils Gaël.

Firmin Mahé était un jeune père plein de vie et d'espoir [1], tellement à l’aise avec les travaux des champs qu’il nourrissait le projet de se consacrer entièrement à la petite plantation familiale de cacao, de café ainsi qu’à son champ de riz. Mais c’était avant que les rebelles ne viennent les spolier de leurs terres et de leur maison, avant que l’Armée française ne vienne faucher leurs rêves en plein vol…

…Il s’appelait donc Firmin et il était le dernier d’une famille de 6 enfants (2 frères dont un seul vivant et trois sœurs). Une famille dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’a pas été épargnée par les décès prématurés comme c’est souvent le cas en Afrique, en sus de son meurtre barbare.

Firmin a été élevé par son grand frère Jacques et  sa grande sœur Joséphine à la mort de leur mère en 1978/79 (Firmin n’avait alors que 4 ans), suivie par celle de leur père en 1985 (Firmin n’avait alors que 10 ans). C’est son frère aîné Guy Maurice qui a ensuite conduit leur modeste plantation jusqu’à sa mort vers 2000. Bien que onze ans les séparent, Jacques se souvient avoir vécu avec Firmin dans la même cour, jouant pleinement son rôle de frère aîné. 2 ans après le décès de leur père, vers 1987, Jacques part pour ABIDJAN pour gagner un peu d’argent et l’investir dans la plantation qui a du mal à tourner. Il se forme à la plomberie et monte une petite affaire. Il est d’abord rejoint par Basile GNINION, le « petit neveu » en ligne paternelle, puis par Firmin en 1991/92 qu’il forme également à la plomberie. Agé de 16/17 ans, Firmin partage donc tout son temps entre la maison de son frère Jacques à ABIDJAN et celle de son petit neveu Basile GNINION jusqu’en 1997/1998 où il emménage avec sa compagne Sylvie avec laquelle il aura son seul et unique enfant.
En 1995, Jacques obtient un contrat de 8 mois comme plombier pour le compte de la société MODULUS au Plateau rue du Commerce. Firmin a maintenant 20 ans et est capable de travailler seul. Il alterne les voyages entre ABIDJAN quand il y a des contrats à honorer et BEOUE (le village maternel) où il cultive un champ de riz. Comme Jacques et Basile, il investit un peu d’argent dans la plantation au village et s’adonne aux travaux des champs en sus de ses activités de plomberie dans la capitale.
Pendant toutes ces années, de son arrivée dans la capitale en 1991/1992 jusqu’à la fin des années 90, Firmin est tout le temps chez Jacques, et il se retrouve souvent avec les autres célibataires et/ou amis de la famille autour d’un bon repas.
Après la mort de Guy Maurice, son grand frère Jacques est devenu le chef de famille et ils ont continué à se partager entre les travaux champêtres au village (chacun sur sa plantation mais toujours avec certains travaux communs) et leurs activités de plomberie sur ABIDJAN.
Quand la guerre a éclaté après le 19 septembre 2002, ils sont revenus et sont restés un peu au village après que les FDS (forces loyalistes) aient repris le contrôle de la région. 
En 2003/2004, Firmin était pratiquement tout le temps au village pour assurer la sécurité dans le cadre d’un groupe d’autodéfense agréé par la CEDEAO. Mais après des plaintes des allogènes, les soldats de la force Licorne leur ont demandé d’arrêter de s’occuper de la sécurité, affirmant qu’eux-seuls avaient vocation à s’en charger exclusivement.
Firmin est donc venu passer 2/3 mois chez Jacques à ABIDJAN car il y avait de nombreuses tensions au village (BANGOLO est situé au cœur de la zone de confiance) avec de nombreux massacres de rebelles toujours impunis à ce jour. Firmin se plaignait beaucoup de la complicité de la force LICORNE qui ne faisait rien pour les protéger des exactions des rebelles. Sylvie est repartie à BANGOLO dans sa famille pour accoucher du neveu de Jacques –Gaël- le 30 août 2004 tandis que Firmin retournait à son champ de riz à BEOUE. Maintenant père de famille et responsable de plantation, il envisageait de se consacrer exclusivement aux travaux des champs.
Sylvie est venue chez Jacques à ABIDJAN pendant un bon mois fin 2004 pour lui présenter l’enfant. Il a payé du savon et lui a donné un peu d’argent comme cela se fait pour accueillir un nouveau-né.
En juin 2005, on a appelé du village sur le portable d’un collègue de Jacques originaire de chez lui pour annoncer que la force Licorne avait attrapé son petit frère et l’aurait emmené vers MAN après l’avoir gravement blessé. Il s’est aussitôt rendu au village. On lui a confirmé qu’il était emprisonné avec d’autres jeunes Guéré (nom donné à son ethnie, que l’on appelle aussi Wê). Comme il n’était pas possible de se rendre à MAN en zone rebelle lorsque l’on était de l’ethnie Guéré sous peine d’être assassiné au premier barrage et contrôle d’identité (souvent au faciès en l’absence de papiers), il est retourné à ABIDJAN. 
Pour en revenir aux liens que Jacques a maintenu avec la femme et le fils de son petit frère Firmin après son décès, il est important de préciser qu’il a subvenu à leurs besoins jusqu’en 2009 où du fait de sa maladie contagieuse (tuberculose), il n’a plus été en mesure de le faire (il ne travaillait plus) sans compter le risque de contagion qui a nécessité son éloignement. Sylvie est alors retournée en famille avec l’enfant.
Basile Lépohé Géhi GNINION présente souvent Firmin Mahé DAHOU comme son « petit oncle ». Pour parler plus précisément, Basile est le petit-fils du demi-frère du père de la victimeS’il est vrai que les liens de parenté stricto sensu qui unissent la victime à son « petit neveu » ne sont pas très étroits, il importe de tenir compte des liens affectifs et professionnels que les deux parents ont tissés durant toute la durée de la courte vie de Firmin.
D’aussi loin qu’il se souvienne, Basile a vécu avec Firmin dès sa naissance. Agé de 5 ans de plus que lui, il se souvient avoir grandi avec lui, partageant les travaux des champs et la vie au campement pendant toute les saisons des travaux des champs qui se succédaient.
Le papa de Firmin (Gaston DAHOU) et celui de Basile (Victor GNINION) se fréquentaient car leurs plantations étaient proches et ils étaient moins aisés que la plupart de leurs autres parents, d’où la nécessité de s’entraider.
Comme en plus leurs mamans (Makoura GAHOU et Antoinette KOULA) étaient un peu apparentées, les enfants des deux foyers ont été élevés ensemble.
Du village au campement, il y a au moins 12kms à faire en traversant une forêt dense, ce qui fait que quand ils partaient tous ensemble pour les travaux champêtres, ils restaient au moins un mois, voire plus dans leurs campements voisins.
Le papa de Firmin était pêcheur tandis que celui de Basile était chasseur, ce qui donnait lieu à de nombreux échanges de bonnes prises. Comme ils avaient leurs plantations toutes proches au milieu de la forêt, ils effectuaient ensemble un certain nombre de travaux champêtres (nettoyage des routes, du campement,…). Ils dormaient souvent les uns chez les autres. 
On manquait de bras pour les travaux, alors aucun d’eux n’est allé très longtemps à l’école, Basile étant celui qui a été le plus scolarisé puisqu’il est allé à l’école jusqu’au CM2, Jacques jusqu’au CE2. Quant à Firmin, il avait des difficultés pour marcher et n’a pas pu du tout fréquenter l’école. C’est Joséphine sa sœur aînée qui prendra soin de lui en lui apportant le gîte et le couvert, mais c’est Jacques qui l’éduquera et le formera surtout après la mort de son père en 1985.
A la fin des années 80, Jacques est monté à ABIDJAN pour apprendre le métier de plombier et diversifier les sources de revenus familiaux, la plantation peinant à faire vivre toute la famille. Guy Maurice gère l’exploitation avec les sœurs de Firmin. Basile a rejoint Jacques et ils travaillent ensemble sur des chantiers de plomberie. Début des années 90, Firmin décide à son tour de partir pour la capitale car il voit que la plomberie ça peut rapporter et il peine à trouver sa place au village balloté entre la plantation de DAH dirigée par son frère aîné et celle de BEOUE, le village maternel.
Tous les 3, ils sont restés pendant 3/4 ans ainsi à travailler ensemble sur les chantiers qu’ils décrochaient. Jacques a emménagé à KOUMASSI d’abord, puis il a déménagé pour PORT-BOUËT. Basile l’a d’abord suivi mais pas pour longtemps, puisqu’à son tour il a emménagé dans son propre logement. Comme il avait eu la chance de suivre des cours du soir à ABIDJAN et de bénéficier d’une formation de plomberie offerte par un de ses parents maternels (Feu TEMOHE), il aidait JACQUES à former Firmin à la plomberie. Firmin dormait chez l’un ou chez l’autre selon le planning de travail. Fin 1993, Basile a décroché un contrat d’un an à ABOISSO à PALMES INDUSTRIES. Il y travaillait 5jours par semaine et le Week-end, il retrouvait Jacques et Firmin qui continuaient leurs activités de plomberie ainsi que des allers/retours réguliers au village. Firmin prenait les transports (car à 3500F CFA). Il emmenait du matériel au village et au retour, il ramenait du riz ou autres vivres en provenance du village.
En 2002, quand la guerre a éclaté, ça a été la débandade généralisée, mais après la reconquête de BANGOLO et de LOGOUALE par les FDS, ils sont revenus tous ensemble à DAH. Ils sont restés un peu au village et ont assisté à de nombreux massacres et autres exactions perpétrées par les rebelles. Basile et Jacques sont retournés à ABIDJAN tandis que Firmin commençait à faire la sécurité avec un groupe d’autodéfense. Mais il continuait néanmoins de venir régulièrement sur ABIDJAN où il a d’ailleurs trouvé BASILE en 2004 lui expliquant les problèmes avec les rebelles et avec les LICORNE qui les empêchaient de sécuriser le village. 
C’est en juillet 2005 que Basile a appris ce qui s’était passé sur le 13 mai 2005. Il croyait comme Jacques et les autres que Firmin avait été conduit à MAN pour y être soigné et peut-être emprisonné avec d’autres jeunes qui faisaient la sécurité comme lui. 
Le 27 octobre 2005, il a été contacté par un journaliste du Courrier d’Abidjan qui venait de la même région que lui. Avec Théophile KOUAMOUO sont patron, ils leur ont demandé s’ils avaient 1 photo de Firmin avec son fils. Ils leur ont remis la seule photo non datée qui circule de Firmin avec son fils dans les bras et ils ont accordé leur première interview. C’est à partir de là qu’ils ont décidé de porter plainte.
Joséphine est l’aînée des sœurs de Firmin Mahé DAHOU, même mère, même pèreAu-delà de son lien de parenté très fort, Joséphine a noué une relation quasi filiale avec Firmin, car c’est elle qui s’en est occupé à la mort de sa mère vers 1979, alors qu’il n’avait que 4 ans. Comme il avait des problèmes de santé aux jambes, des genres de plaies qui l’empêchaient de marcher que beaucoup de gens croyaient contagieuses, Firmin n’a pas pu fréquenter l’école, mais il a grandi bien entouré au milieu de ses frères, de ses sœurs et des enfants de ces dernières. 
A noter également la présence de Juliette KLA et de ses enfants au sein du foyer DAHOU, la coutume encore couramment pratiquée dans cette région de l’Afrique faisant obligation au frère vivant d’accueillir et de veiller sur la veuve et les enfants de son défunt frère (sorte de lévirat sans aller forcément jusqu’au mariage). Ce qui explique que les enfants de Gaston DAHOU se sentent très proches des enfants de son frère Bonnaire GOULEI avec qui ils ont grandi à la mort de ce dernier. Prince DIE -dont il est souvent fait mention dans la presse et qui s’était constitué partie civile au procès avant de décéder vers 2006- est plus souvent présenté comme un frère de la victime (ce qu’il n’est pas au sens généalogique) que comme un cousin germain (ce qu’il est en fait en termes de parenté stricte).
Yvonne est la deuxième sœur de Firmin après Joséphine. Comme sa soeur, elle a un peu joué le rôle de maman de substitution auprès de son petit frère Firmin. Plus tard, quand Firmin résidait à la plantation familiale de DAH avec Joséphine, elle apportait souvent de quoi ravitailler la maison en produits achetés (cubes Maggi, vêtements,…) auxquels elle avait accès grâce à ses activités commerciales sur le marché de BANGOLO.
Léontine est la dernière des sœurs de Firmin Mahé DAHOU, même mère, même père. Comme ses deux autres sœurs, elle a été amenée à beaucoup materner son petit frère lorsqu’il est né parce qu’elle n’avait pas encore d’enfants eût égard à son âge (14 ans) contrairement à sa sœur aînée. C’est encore Léontine qui le portait au dos quand il était petit à cause de ses difficultés à marcher. 
photo de l'ex-compagne et mère du fils de 
Firmin Mahé

Sylvie LAHO, avant d’être la mère de l’enfant de Firmin, a été sa compagne pendant de nombreuses années. Elle l’a rencontré vers 1997 et s’est installée avec lui à ABIDJAN. Elle a accouché à BANGOLO le 30 août 2004, ce qui prouve bien qu’elle entretenait encore des liens très forts avec lui jusque dans l’année précédant sa disparition. A sa mort, c’est d’ailleurs à Jacques DAHOU, le frère aîné vivant de Firmin qu’a incombée la responsabilité de veiller sur elle et sur l’enfant comme le veut la tradition, jusqu’à envisager de les faire venir ici en France auprès de lui au titre du regroupement familial. Pour une raison inexplicable, Sylvie et son fils n’ont pas reçu les billets d’avion pourtant prévus pour venir au procès nonobstant toutes les démarches effectuées en ce sens (passeport,…). C’est elle que l’on voit en photo avec son fils Gaël dans les bras en haut à gauche de la première page de l’article de Franck JOHANNES [2].

Gaël est le fils unique de Firmin MAHE qu’il n’aura connu en vie que pendant quelques mois. Que dire de plus sinon qu’en sus de le priver de son père, on lui a jusqu’à présent refusé l’indemnisation à laquelle il a pourtant droit… Tragique histoire d’un orphelin qui aura été privé très tôt de l’amour et de la protection d’un père lui-même orphelin dès son plus jeune âge !

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