Aminata Traoré et Laurent Gbagbo

Aminata TRAORE : "Laurent Gbagbo n'est pas un dictateur. [...] Objectivement, aujourd'hui, on a humilié quelqu'un qui a été le premier en Afrique de l'Ouest à défier un homme extrêmement puissant qui s'appelait Félix Houphouët BOIGNY dans un contexte où tout le monde-y compris moi-même- on se taisait. C'est lui d'abord qui a exigé le multipartisme des élections. Il a fait de la prison pour ça. Lui et sa femme sont syndicalistes. Lui, il a dit qu'il fallait être autre chose que d'être à la solde du capitalisme français, d'être la vitrine du capitalisme français et qu'on pouvait envisager l'avenir de la Côte d'Ivoire et de la sous-région autrement. [...]"

Extrait de son intervention à Nantes début mai 2011 que l'on peut revoir sur le lien suivant : 
https://www.youtube.com/watch?v=99-GB4xbGog


Aminata traoré « Quelle Afrique voulons-nous ? »
Entretien réalisé par Rosa Moussaoui
Mardi, 19 Avril, 2011
L’intervention militaire conjointe de l’Onuci et de la force française Licorne relève de l’ingérence, affirme l’essayiste et militante altermondialiste. L’ancienne ministre de la Culture du Mali plaide pour une démocratie africaine par et pour les peuples, propre à émanciper le continent du pillage néocolonial.
Vous avez longtemps vécu et travaillé en Côte d’Ivoire. Que ressentez-vous à la vue du chaos dans lequel est aujourd’hui plongé ce pays ?
Aminata Dramane Traoré. Je suis horrifiée. Nous devons cette nouvelle humiliation à notre immaturité politique qui consiste à réduire la démocratie aux élections en perdant de vue le jeu des intérêts dominants et l’asymétrie des rapports de forces.
L’attaque de la résidence du président Laurent Gbagbo et son arrestation ne sont ni plus ni moins qu’une illustration de ce que cheikh Hamidou Khan appelle l’art de vaincre sans avoir raison, qui est le propre de l’Occident.
Je suggère dans ma Lettre au président des français à propos de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique en général une inversion des priorités de manière à privilégier le projet de société, à faire de l’élection le choix de gouvernants capables de réaliser ce projet dans le respect des aspirations des peuples. Riches de leurs expériences individuelles, les principaux protagonistes de la crise ivoirienne (Laurent Gbagbo, ­Alassane Dramane Ouattara et ­Konan Bédié) auraient pu, dans une telle perspective, diagnostiquer les politiques économiques mises en œuvre et proposer des alternatives au système capitaliste qui a fait de la Côte d’Ivoire un réservoir de matières premières avec les conséquences sociales, politiques et écologiques que l’on sait.
L’absence de débats de fond sur les conséquences catastrophiques du système néolibéral sur l’emploi, l’agriculture et les sociétés ­paysannes, le revenu, l’éducation, la santé, la cohésion sociale, la ­relation au pouvoir et à l’argent nuit considérablement à la construction d’une démocratie conforme à la demande des Africains.
Je ne vois pas comment ni pourquoi la démocratie qui est en crise en ­Occident pourrait faire des miracles en Afrique au point de justifier une expédition punitive. Mais, à propos des ­dominés, les dominants ne se posent pas ce genre de questions.
Comment jugez-vous la participation des militaires français de la force Licorne à l’offensive militaire qui a délogé Laurent Gbagbo de la résidence présidentielle, le 11 avril dernier ?
Aminata Dramane Traoré. À ce sujet, on en entend des vertes et des pas mûres de la part des officiels français et des prétendus spécialistes de l’Afrique. Leur thèse peut être ainsi résumée : l’Afrique se mondialise et décide librement de faire du commerce avec les partenaires de son choix, la Chine étant l’un des plus importants. La France et les autres puissances occidentales ne voient pas, semble-t-il, de mal à cette situation. Elles seraient tout simplement soucieuses de nous mettre sur le droit chemin de l’État de droit, qui passe par des élections régulières, transparentes et propres.
Les Ivoiriens n’y seraient pas parvenus tout seuls par la faute de Laurent Gbagbo qui, après avoir été battu, semble-t-il, au deuxième tour de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 par Alassane Ouattara, se serait accroché au pouvoir.
Les tenants de ce discours le classent aussitôt parmi les dictateurs à qui la France se doit de donner un « avertissement », comme l’a exprimé le premier ministre français, François Fillon, à l’Assemblée nationale. On est stupéfaits par une telle arrogance quand on se réfère à l’opinion que les Français se font de leur démocratie et à la cote de popularité du président Sarkozy, qui est au plus bas.
À mon avis, la France de Nicolas Sarkozy est intervenue militairement, avec les Nations unies en cheval de Troie, pour ce que je considère comme une action de dressage démocratique de l’homme africain. Une bonne partie des populations civiles à défendre ont non seulement présent à l’esprit le discours de Dakar, mais sont parfaitement conscientes des humiliations de l’immigration « choisie » dont le président français est le père. Son nouveau ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, en remet une couche en s’attaquant à l’immigration légale. Si nous comprenons bien, le soutien aux « révolutions » et à la « démocratisation » a des limites. La France nous aime libres et en démocratie. Mais entre nous et chez nous.
Peut-on résumer la crise ivoirienne à une crise postélectorale, à un contentieux entre un « président reconnu par la communauté internationale » et un perdant accroché au pouvoir ?
Aminata Dramane Traoré. Le contentieux électoral est le prétexte qui, lorsque les enjeux économiques et géostratégiques l’exigent, peut servir de justification à toute sorte d’agression. Mis à part cette instrumentalisation, je ne vois aucune raison de mettre un pays souverain à feu et à sang. Point n’est besoin de rappeler que ce type de contentieux se règle souvent sans qu’aucune goutte de sang ne coule. Nous connaissons bon nombre de cas où les redresseurs de torts ont fermé les yeux sur les fraudes et sont même allés parfois jusqu’à inverser les résultats électoraux.
En somme, loin d´être un problème ivoiro-ivoirien, cette crise est l’une des expressions tragiques de la marche chaotique et macabre du monde depuis la chute du mur de Berlin.
Laurent Gbagbo ne porte-t-il pas une lourde responsabilité dans cette longue crise ?
Aminata Dramane Traoré. Pas plus que la France et les Nations unies qui, depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny, ont joué sans en avoir l’air la carte du « tout sauf Laurent Gbagbo ». Il suffit de se référer à l’édifiant documentaire de Patrick Benquet, la Françafrique, pour comprendre l’ingérence permanente dans nos affaires.
Le passé et le profil de Laurent Gbagbo ne répondent pas aux critères des maîtres du monde dans leur casting des dirigeants des pays dominés. Il fallait qu’il parte. Tous les leviers possibles et imaginables ont été actionnés pour atteindre cet objectif. La mauvaise volonté dans le désarmement de la rébellion, l’asphyxie, ces derniers mois, de l’économie ivoirienne, sans crainte aucune de la souffrance humaine induite par les privations et les pénuries, ainsi que le lynchage médiatique sont autant d’armes au service de l’ingérence et de la déstabilisation.
Je rends personnellement hommage à un homme de courage et de dignité qui a été le premier à défier l’un des hommes politiques les plus puissants du continent africain et à avoir fait de la prison avec sa femme au nom du multipartisme et de la démocratie.
Qu’y a-t-il de commun entre les interventions en Côte d’Ivoire et en Libye ? La « protection des civils » est invoquée dans un cas comme dans l’autre. Que pensez-vous de cette invocation, qui est un autre nom du droit d’ingérence humanitaire ?
Aminata Dramane Traoré. Il y a lieu d’étudier de manière approfondie les similitudes et les différences entre ces deux situations. L’une de ces similitudes est l’instrumentalisation des populations civiles qui, dans le cas de la Côte d’Ivoire, sont d’abord victimes de la dérégulation et de la déprotection dans le cadre du libéralisme économique. Contentieux électoral ou pas, les Ivoiriens étaient déjà confrontés aux difficultés croissantes d’accès à l’emploi, à l’alimentation, aux soins de santé.
Ce sort qu’ils partagent avec l’immense majorité des Africains soumis aux diktats du FMI et de la Banque mondiale n’est pas de nature à perturber les dirigeants occidentaux qui, subitement, prétendent voler au secours de la veuve et de l’orphelin à coups de missiles « humanitaires ».
L’argument invoqué est le même dans le cas des deux pays en vue de susciter le maximum d’indignation à l’égard des dirigeants que l’Occident a décidé d’évincer.
La différence de taille entre la Libye et la Côte d’Ivoire, c’est que le lâchage de Muammar Kadhafi, qui était devenu un partenaire privilégié, se situe dans la droite ligne de celui de Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie et de Hosni Moubarak en Égypte.
Comment jugez-vous le rôle joué par les Nations unies tout au long du processus électoral, puis lors de l’offensive contre Laurent Gbagbo ?
Aminata Dramane Traoré. Le rôle joué par l’ONU en Afrique est le même depuis la fin des années cinquante. Conçue par les grandes puissances, cette organisation sert leurs intérêts. L’ONU n’a jamais été un instrument de paix en Afrique. En 1960, à propos de la mort de Patrice Lumumba, Franz Fanon écrivait : « Il ne fallait pas faire appel à l’ONU. L’ONU n’a jamais été capable de régler valablement un seul des problèmes posés à la conscience de l’homme par le colonialisme, et chaque fois qu’elle est intervenue, c’était pour venir concrètement au secours de la puissance colonialiste du pays oppresseur. » (1) C’est dire jusqu’à quel point il est urgent de repenser le cadre normatif des relations entre les nations.
Comment le continent africain peut-il, dans un tel contexte, reprendre en main son avenir ?
Aminata Dramane Traoré. L’intervention militaire conjointe de l’Onuci et de la force française Licorne en Côte d’Ivoire constitue, de mon point de vue, l’un de ces grands moments de dévoilement de la nature injuste et cynique du monde actuel. L’assujettissement des classes dirigeantes africaines fait partie de l’agenda de l’Occident. Il leur faut aller à l’assaut de l’Afrique pour s’assurer le contrôle des matières premières, des ressources naturelles indispensables à leurs politiques de croissance et de compétitivité face à la Chine.
Nous sommes rattrapés, en Afrique, par des questions de fond qui n’ont pas été examinées avec rigueur. Nous nous devons de les mettre à plat. La première question qui me semble essentielle est : quelle Afrique voulons-nous à la lumière de l’état du monde globalisé, fragmenté et de plus en plus violent ?
Si nous parvenons à nous saisir de cette question au niveau de chaque pays, des différentes sous-régions et du continent en outillant les populations de telle sorte qu’elles puissent s’impliquer à fond dans l’analyse de l’état des lieux, la formulation, la mise en œuvre et le suivi des solutions pourront jeter les bases d’une démocratie africaine par et pour les peuples.
C’est un chantier gigantesque, mais exaltant, qui n’a rien d’impossible si les élites acceptent enfin de se réconcilier avec le continent.
Bibliographie
Mille Tisserands en quête de futur. Bamako : Edim, 1999, l’Étau, Actes Sud, 1999.
Le Viol de l’imaginaire, Fayard, 2002.
Lettre au président des Français à propos de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique en général, Fayard, 2005.
L’Afrique humiliée, Fayard, 2008.
(1) « La mort de Lumumba : pouvions-nous faire autrement ? », Afrique Action, n° 19, 20 février 1960. Repris dans Pour la Révolution africaine. Écrits politiques, François Maspero, 1964, réédité en 2001 par La Découverte.

Autres vidéos d'Aminata TRAORE 

Lien vers la vidéo : "Le vrai visage de la France"

Aminata Traoré, la militante qui dénonce l'"humiliante ingérence" de la France au Mali

©AFP

Texte par Aude MAZOUÉ
Dernière modification : 20/05/2013

L'ancienne ministre malienne de la Culture, Aminata Traoré, est l'une des rares personnalités politiques à s’être opposée à l'intervention militaire de la France au Mali. Une parole discordante que Paris ne veut pas entendre, selon la militante.

La quasi-totalité des personalités politiques maliennes soutient l'action de la France au Mali. Seule voix discordante, ou presque, celle de l'ancienne ministre malienne de la Culture, Aminata Traoré, dont la parole est régulièrement relayée en France par les associations altermondialistes.
"Les extrémismes religieux se nourrissent, au Mali comme ailleurs, de la misère humaine. Il ne suffit pas de donner des armes et de l’argent au pays pour le faire sortir de la crise", s’indigne l’essayiste africaine, dans un entretien accordé à FRANCE 24. "Pour que le Mali retrouve son équilibre, il ne faut pas faire la guerre au Djihad mais la guerre au chômage et à la misère", résume t-elle.
La voix discordante du Mali
Si l'intellectuelle malienne n'était pas favorable à l’intervention militaire française au Mali, elle ne l'est pas davantage en ce qui concerne la tenue en juillet d’une élection présidentielle, annoncée mardi 14 mai par l’actuel président malien de transition, Dioncounda Traoré.
Pour la militante, il y a mille raisons de s’opposer à la tenue de ce rendez-vous électoral. "On veut démocratiser le Mali sans lui donner les moyens et le temps de comprendre et de se poser les bonnes questions", s’insurge-t-elle. D'après elle, la France presse le pas dans le but de faire coïncider les élections maliennes avec son emploi du temps militaire. "C’est une ingérence humiliante", confie-t-elle.
Des élections prévues le 28 juillet et largement plébiscitées par la France. "Ces élections doivent avoir lieu. Pour le peuple malien lui-même, pour l'exemple que nous devons donner à toute l'Afrique, et pour la légitimité qui doit être celle de l'autorité", a déclaré François Hollande vendredi 10 mai, dans la cour de l'Élysée, en compagnie de son homologue nigérien.
Aminata Traore, persona non grata ?
Aminata Traoré estime que sa parole dérange. Si les Européens n’ont jamais fait appel à ses services pour envisager l’avenir politique du Mali, "c’est parce qu’ils ont préféré s’entourer de béni-oui-oui", explique-t-elle.
La pasionaria en veut pour preuve le récent refus que le consulat de France lui a opposé alors qu’elle devait se rendre en Allemagne et en France en avril, à l’occasion d’une réunion sur le prolongement de l’opération Serval. Aminata Traore a reçu son visa allemand sans obtenir l’extension Schengen de la France. Simple erreur administrative ? La militante ne croit pas au hasard.
Contacté par FRANCE 24, le ministère des Affaires étrangères affirme ne jamais avoir eu l’intention d’interdire à Aminata Traoré de venir sur le sol français. "Il s’agit très probablement d’un imbroglio administratif entre la France et l’Allemagne. La France ne fait pas d’obstacle politique à la venue d’Aminata Traoré sur son territoire", assure-t-on au Quai d’Orsay.
Indignation des associations altermondialistes
L’affaire n’a pas manqué de faire réagir nombre d’associations altermondialistes qui ont pris fait et cause pour l’intellectuelle africaine.
En tête des indignés, le Crid, (Centre d’information et de recherche pour le développement) qui regroupe un collectif de 53 associations internationales et solidaires. Le collectif s’est fendu le 6 mai d’un communiqué publié sur son site pour dénoncer l’entrave à la liberté d’expression et au débat citoyen que le refus français suppose. "Nos organisations, […] désapprouvent unanimement qu’une personne dont les apports dans les débats internationaux et les liens avec les mouvements de solidarité internationale sont incontestables, soit ainsi privée de parole en étant privée de visa", peut-on lire sur le site du collectif.

Aminata Traoré assure finalement qu'elle n'a que faire de ne pas avoir obtenu de visa français : "Mes mots sont mes armes à moi. Je n’ai pas besoin de venir en France pour mener mon combat."



Lien vers l'article et la vidéo associée : Article de France 24 : Aminata TRAORE dénonce l'intervention française au Mali

Interdite de séjour dans l'espace Schengen, Aminata Traoré parle  26/04/2013 02:55:20
Elle qui finalement paye cash sa prise de position audacieuse contre l’intervention française au Mali, s'explique...
Ceux qui voyaient dans la présidence d'Hollande la fin de la Françafrique ou une politique africaine de la France plus équitable, peuvent enfin se faire à la cruelle évidence de la realpolitik.  Aminata Traoré, la militante altermondialiste malienne, n’a pas eu son visa Schengen, sur instruction de la France à tous les pays de l’espace Schengen. 
Aminata Traoré paierait-elle cash sa prise de position audacieuse, contre l’intervention française au Mali, qui selon elle cacherait à peine de gros intérêts miniers et géostratégiques au Mali et dans la sous région ?
La France n’a pas d’amis elle n’a que des intérêts disait le Général De Gaule, et les intérêts eux, s’accommodent très mal de toutes voix discordantes.
L'ancienne ministre de la culture malienne et porte-flambeau du « Non à l'intervention militaire étrangère au Mali » livre à Cameroonvoice son sentiment après cette déconvenue.
Cameroonvoice : Nous avons appris avec stupéfaction que les autorités françaises ont refusé de vous accorder un visa d'entrée en France pour participer à une réunion publique le 22 avril dernier. Pouvez vous nous confirmer cette information? 
Aminata Traoré : En fait, j'ai été invitée par Die Linke, un parti de gauche allemand, et des militants français. Je devais faire un tour à Berlin et par la suite donner une conférence à Paris et Lille. J'avais un visa de circulation de 4 ans de l'espace Schengen qui a expiré au mois de Février.
Quand je me suis rendue à l'ambassade d'Allemagne pour solliciter un droit d'entrée dans l'espace Schengen, ils m'ont accordé un visa de trois jours uniquement pour leur pays en  me notifiant que la France a donné des instructions pour qu'aucun pays de l'espace Schengen ne m'accorde de visa.
Il y avait donc une interdiction de circulation dans l'espace Schengen vous concernant, dont vous ignoriez totalement l'existence?
Non non, on ne me l'avait pas notifiée avant, c'est à la faveur de ce voyage que je l'ai su. J'ai été autorisée à aller en Allemagne et à revenir au Mali directement sans fouler le sol de l'espace Schengen mis à part l'Allemagne. Je ne sais pas si c'était une exception allemande, ou si les autres pays de l'espace Schengen pourront m'accorder la même « faveur ».
Ma liberté de circuler est maintenant restreinte. Les consulats européens échangent entre eux, des listes de personae non-grata, et les dispositions changent selon la gravité du délit entre guillemets. En ce qui me concerne, je ne sais pas ce que l'on me reproche. Dans mon cas, j'ai eu la chance d'avoir cette ouverture de la part de l'Allemagne, mon compatriote Oumar Mariko (Secrétaire général du SADI, Ndlr), lui il  n'a pas pu voyager du tout.
Vos prises de position contre l'intervention militaire des forces étrangères au Mali et  notamment celle de la France ne seraient pas la cause de cette interdiction?
Certainement,  sinon je ne comprends pas pourquoi, la France et surtout les membres de ce gouvernement de gauche, qui m'ont reçue et qui me connaissent parfaitement le feraient. En principe, nous partageons les mêmes idées.
Sauf que, la France considère son intervention au Mali comme une réussite politique et militaire, c'est le Premier ministre Jean-Marc Ayrault qui l'a dit et ce success story de leur point de vue exige certainement un verrouillage, qu'il n'y ait pas de critiques, puisque l'unanimité leur réussit si bien! Vous vous souvenez bien que toutes les résolutions concernant cette guerre ont été adoptées à l'unanimité au Conseil de sécurité des Nations Unies, et avant-hier (mardi 23 avril Ndlr) ils viennent aussi de voter à l' unanimité à l' Assemblée nationale et au Sénat français pour la prolongation de l'Opération Serval au Mali.
Le pouvoir  politique a changé de main en France voilà bientôt un an et on peut constater pour le déplorer avec cette opération que la politique africaine de la France, demeure toujours la même.
Elle demeure inchangée et ils ne nous le cachent pas. Le Général De Gaulle l'a dit : « la France n'a pas d'amis mais des intérêts ». Peut-être c'est nous qui nous faisons des illusions, François Hollande l'a d'ailleurs répété récemment en parlant dossier Centrafricain quand François Bozizé l'appelait à l'aide. Il lui a fait savoir que la France défendait ses intérêts et ses ressortissants.
Nous l'apprenons peut-être à nos dépens, parce qu'on se disait aussi que les temps ont changé et puisqu'ils sont confrontés aux mêmes difficultés que nous, liées au même environnement économique international, avec les questions d'aide, de chômage de pauvreté, etc. Mais à la lumière de ce qui se passe, il y a une grille de lecture qui s'applique à l'Afrique, on est considéré comme des pays en faillite, pas de d'Etats, pas d'armées, ils peuvent faire la pluie et le beau temps et ne tolèrent pas de voix discordantes.
Ils ne tolèrent pas de voix discordantes, pourtant ils se clament chantre de la liberté d'expression. Peut-on interpréter cette interdiction de territoire comme une entrave à la liberté d'expression, puisque vous avez un point de vue discordant?
Oui! Pourtant moi je n'ai pas changé, tout ceux qui me suivent depuis savent que je n’ai pas changé de discours ceux sont les mêmes idées que je véhicule. Je ne m'attaque à personne, je condamne tout simplement un système économique mondial cynique et la guerre fait parti de ce système.
Aujourd'hui la militarisation pour le contrôle des ressources de l'Afrique fait parti de l'agenda. C'est ce que j'ai dit et c'est ce qu'eux mêmes ils reconnaissent !!! Alors moi malienne, pourquoi je n'ai pas le droit de poser ce regard sur les réalités de mon pays en guerre!!!
Comment envisagez-vous l'avenir du Mali et de la sous-région suite à cette intervention militaire française appuyée par des troupes africaines?
Je pense que les troupes africaines sont mises à contribution, et comme je l'ai déjà dit dans mon manifeste ce n'est pas notre guerre, nous sommes entrés dans une phase de la globalisation qui implique la diplomatie économico-offensive et la militarisation.
Mais seulement, Al Qaida  est une réalité et en même temps une aubaine, elle permet aux dirigeants africains qui ont mal géré de dire maintenant que la priorité c'est la lutte contre le terrorisme et aux puissances étrangères de dire faisons cause commune luttons d'abord contre le terrorisme.
Et moi je dis que le véritable terrorisme c'est la misère, c'est les injustices, parce que je sais qu'une bonne partie des combattants, des djihadistes sont avant tout des jeunes désespérés sans boulot, ils n'ont pas de visas et se font recruter à la fois par les narcotrafiquants et les djihadistes. C'est cette réalité qu'il nous faut regarder maintenant de près.
Quelles leçons devrons-nous tirer de la situation au Mali et de ce qui vous arrive à vous?
Je souhaite que les Maliens et les Africains s'ouvrent grandement les yeux et les oreilles et se disent qu'en réalité, il n'y a pas un cas malien. Ce qui se passe aujourd'hui au Mali est l'illustration d'une nouvelle étape de la politique de mainmise sur les ressources du continent, notamment les ressources énergétiques, sans lesquelles la sortie de crise, la croissance et la compétitivité ne sont pas  envisageables par l'Occident.
Au lieu de jouer cartes sur table et changer les règles du jeu, on préfère nous écrire une autre histoire, nous humilier, nous culpabiliser. Avec tout ce qui se passe, je considère que le Mali est humilié. Il n’y a donc aucune raison d'en ajouter en gardant le silence et c'est ce que tout le monde fait, et les Occidentaux le savent pertinemment. 
Raison pour laquelle, je me réjouis aujourd'hui de ce soutien international parce qu'il y a énormément de gens qui ne comprennent pas, quelque soit la différence de lecture, qu'un tel traitement me soit réservé. C'est donc une nouvelle phase de la décolonisation de l 'Afrique. Il nous appartient maintenant à nous-mêmes de voir où sont les véritables défis.
La rédaction de Cameroonvoice
NB. L'intégralité de l'entretien sera diffusée à l'émission "Antenne Libre", ce Samedi 27 Avril 2013, 14h/16h à Montréal / New York, 19h à Douala, 18h à Bamako, sur la radio

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