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Chers amis de la liberté et de la souveraineté des peuples, La démocratie ne s'impose ni par la force, ni de l'étranger pas plus qu'elle ne s'achète ! Elle se construit pas à pas dans le respect des peuples et de leurs institutions souveraines. Mais courage, résistons et soutenons le souverainiste Laurent GBAGBO car son combat, c'est aussi le nôtre, celui de tous les citoyens libres et égaux en droit. Après avoir armé, formé, financé, renseigné et protégé les rebelles de OUATTARA depuis 2002, la France a imposé son poulain à la tête de la Côte d'Ivoire pour garder la mainmise sur les richesses de ce pays (pétrole, cacao, café,...). Elle participe activement à l'épuration ethnico-politique qui se poursuit dans l'indifférence coupable tant de la Communauté Internationale que des média et des partis de gouvernement.

dimanche 13 octobre 2013

Quelques articles de presse ou quand les médias en savent plus que la Justice après 7 ans d'instruction !

Mercredi 19 octobre

Michèle Alliot-Marie suspend l'ancien commandant de l'opération Licorne

CÔTE D'IVOIRE Le général Henri Poncet, qui commandait les forces françaises dans le pays jusqu'en juillet dernier, ainsi que deux autres militaires sont suspectés d'avoir «couvert» le décès d'un Ivoirien arrêté par leurs hommes.
 Sa suspension se réfère à l'article 44 du Statut général des militaires, qui parle de «faute grave». (Photo AFP.)
Arnaud de La Grange
[18 octobre 2005]

Le dossier des relations franco-ivoiriennes, déjà incandescent, n'avait pas besoin de cette nouvelle et triste pièce. L'ancien commandant de l'opération Licorne, le général Henri Poncet, a été suspendu hier soir de ses fonctions par Michèle Alliot-Marie. Lui et deux autres militaires sont soupçonnés d'avoir couvert une bavure de soldats français, ayant entraîné la mort d'un Ivoirien. Les suspensions ont été prononcées pour«manquements graves à la loi, aux règlements militaires et aux ordres».

Les faits remontent au 17 mai 2005. A l'époque, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire et à l'intérieur de la «zone de confiance», des soldats français arrêtent un Ivoirien. Plutôt qu'un combattant d'une des factions rebelles, l'homme serait un «coupeur de routes», auteur de plusieurs viols et meurtres. Il
 «décède de ses blessures» quelques heures après son arrestation.

L'affaire rebondit le 11 octobre dernier.
 «Nous avons recueilli des informations faisant peser un doute sur les circonstances de ce décès, explique-t-on au ministère de la Défense. Il est en particulier établi qu'il n'a pas été rendu compte à l'époque des faits aujourd'hui mis à jour.» Dès le lendemain, ces informations sont transmises au procureur de la République. Et, parallèlement, est ouverte une enquête de commandement, dont les conclusions devraient être rendues dans quelques jours. Pourquoi suspendre aussi rapidement un général «quatre étoiles» – fait rarissime –, sans attendre plus d'éléments ? «C'est une mesure conservatoire, qui n'entame pas la présomption d'innocence», répond-on. Mais l'on indique aussi que si le ministre de la Défense a pris cette décision, c'est que «les faits d'ores et déjà recueillis apparaissent suffisamment graves».

Le général de corps d'armée Henri Poncet a quitté le commandement de l'opération française en Côte d'Ivoire cet été. Il était, depuis, en poste à Bordeaux, à la tête de la Région militaire Sud-Ouest. Avec lui, deux autres militaires sont suspendus : le chef du corps du 13e
 BCA (bataillon de chasseurs alpins), le colonel Burgaud, ainsi que le sous-officier commandant la section en cause, qui appartient à une autre unité de la Brigade alpine. Leur suspension se réfère à l'article 44 du Statut général des militaires, qui parle de «faute grave».

Au ministère de la Défense, on souligne que ces faits ne remettent pas en cause la qualité de la mission remplie par les 50 000 soldats français qui se sont relayés depuis trois ans en Côte d'Ivoire. Et l'on fait remarquer que l'on ne badine pas avec les faux pas. Déjà, dans l'affaire du cambriolage d'une banque ivoirienne par des soldats français, Michèle Alliot-Marie avait jugé les peines infligées en première instance«insuffisantes».

Mais cette affaire fait surface dans un contexte extrêmement tendu, alors que la Côte d'Ivoire s'apprête à plonger dans un trou noir institutionnel, le mandat du président Gbagbo expirant fin octobre sans que des élections soient organisées. La semaine dernière, Michèle Alliot-Marie avait fait état de
 «provocations» contre les forces françaises. Ceux qui à Abidjan dénoncent leur attitude «coloniale» devraient faire leurs choux gras de cette fâcheuse histoire.

Le pouvoir ivoirien se refuse à exploiter le scandale français
LE MONDE | 21.10.2005 à 13h53 • Mis à jour le 21.10.2005 à 13h53 | Par Jean-Philippe Rémy - NAIROBI de notre correspondant
A Abidjan, la nouvelle de la suspension du général Henri Poncet, ancien commandant de la force "Licorne" ­ les troupes françaises en Côte d'Ivoire ­ a été accueillie avec une retenue inhabituelle. La presse proche du président Gbagbo, qui ne laisse en général pas passer un jour sans s'attaquer aux troupes françaises, n'a accordé à l'affaire qu'une attention minimale. Le général Poncet comptait pourtant jusqu'ici parmi ses cibles favorites, essentiellement pour avoir dirigé les opérations de "Licorne" lorsque, en novembre 2004, l'attaque aérienne d'un camp français par deux Soukhoï ivoiriens avait entraîné en représailles la destruction des avions et des hélicoptères de l'armée de l'air ivoirienne, puis de violentes manifestations antifrançaises à Abidjan, qui avaient nécessité l'évacuation de 8 000 personnes. Des manifestants ivoiriens, dont certains étaient armés, avaient alors été tués.
A l'heure où le général Poncet est suspendu pour des faits survenus quelques mois plus tard, le pouvoir ivoirien semble se refuser à enfourcher l'un de ses chevaux de bataille favoris. "C'est une affaire intérieure française, et c'est aux Français d'apprécier comment se sont comportés leurs soldats. Moi, ce qui m'intéresse dans l'immédiat, c'est le désarmement de la Côte d'Ivoire et le retour à la paix", esquive Kadet Bertin, conseiller spécial de Laurent Gbagbo, chargé des affaires de défense et de sécurité, l'un des hommes les plus concernés par les affaires militaires et qui a toujours demandé l'ouverture d'une enquête sur ce qu'il considère être les "crimes" de l'armée française.
De son côté, Pascal Affi Nguessan, président du Front patriotique ivoirien (FPI), le parti de Laurent Gbagbo, qualifie prudemment la suspension du général Poncet de "geste important" et considère que "la France elle-même commence à faire ses comptes", estimant qu'"il n'est pas insignifiant que l'autorité française sanctionne un officier de si haut rang, même si c'est pour un "coupeur de route" qui serait mort dans des conditions inhumaines".
Il rappelle aussi les griefs du pouvoir ivoirien contre l'officier supérieur français : "Les troupes qui étaient placées sous son commandement ont commis des crimes graves, puisqu'il y a eu des tueries, et une armée qui a tiré sur des civils aux mains nues." Et de conclure : "C'est la suite -...- qui nous permettra de savoir si cela participe de cette volonté de décrispation, de restauration de la confiance entre les deux pays, et la coopération entre les différentes autorités." Ce ton mesuré s'explique en grande partie par le contexte politique actuel. Selon Gilles Yabi, spécialiste de la Côte d'Ivoire pour l'organisation International Crisis Group, "la résolution en cours de discussion aux Nations unies et la perspective de la nomination du premier ministre demandent toute l'attention du pouvoir. Ce n'est pas le moment de créer de nouveaux problèmes en s'attaquant à la France."
Jean-Philippe Rémy - NAIROBI de notre correspondant

Affaire Mahé : la thèse du crime gratuit

29/11/2005 à 00:00 Par François Soudan
L'assassinat d'un coupeur de routes présumé, dans l'ouest du pays, par des éléments de l'armée française prend une nouvelle tournure. Loin des projecteurs.
L'émotion médiatique et les postures ministérielles dissipées, l'affaire Firmin Mahé - du nom de cet Ivoirien de 30 ans assassiné de sang-froid par trois militaires français le 13 mai 2005 en pleine « zone de confiance » - suit désormais un autre cours, judiciaire et discret, loin des projecteurs. Jeudi 10 novembre, à la caserne 34, rue de Chaligny dans le 12e arrondissement de Paris, une première réunion a ainsi eu lieu entre la juge d'instruction du tribunal aux armées françaises Brigitte Raynaud, assistée d'un procureur du tribunal civil, et une délégation venue d'Abidjan conduite par le juge Ange Kessi, commissaire du gouvernement. Ce dernier était accompagné d'un procureur et d'un juge d'instruction, ainsi que d'un avocat camerounais installé à Paris et constitué par la famille de Firmin Mahé, Me Fabien Ndoumou. Sur la table des discussions : les premiers rapports d'enquête internes à l'armée française sur ce meurtre et notamment les aveux des assassins - lesquels auraient fait état de tortures infligées à Mahé avant sa mort par étouffement.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, les trois militaires coupables (l'adjudant-chef Rogel et deux hommes du rang) n'ont toujours pas été mis en examen - une mesure qui devrait intervenir dans les prochains jours, mais qui ne touchera pas (tout au moins dans l'immédiat) les trois officiers supérieurs responsables d'avoir « couvert » l'incident au point d'avaliser un rapport truqué. Les généraux Poncet et de Malaussène ainsi que le colonel Burgaud, tous trois blâmés par la ministre Michèle Alliot-Marie, conservent leurs nouvelles affectations. Parallèlement à ces inculpations, une partie essentielle va se jouer à Abidjan. Contrairement à ce que l'on a cru en effet, le corps de Firmin Mahé n'a pas disparu au fond d'une fosse commune de Man : il a été exhumé et se trouverait actuellement dans la capitale ivoirienne, entre les mains de l'armée française. Une expertise médico-légale, essentielle pour déterminer les causes exactes de la mort et déceler les traces de tortures préalables, aura lieu au cours des semaines à venir, ainsi qu'une reconstitution des faits. « J'examinerai son déroulement et ses conclusions, prévient Me Ndoumou. Et si je n'en suis pas satisfait, j'exigerai une contre-expertise internationale. » L'avocat camerounais va également demander à l'État français d'indemniser à la fois la famille de Firmin Mahé - laquelle s'est constituée partie civile sous la houlette d'un notable du village de Dah, Prince Dié -, sa compagne Judith et la communauté guérée à laquelle il appartenait. Enfin, Fabien Ndoumou compte bien profiter de l'occasion pour « réhabiliter la mémoire » du défunt. Une tâche difficile, tant la thèse du Mahé assassin récidiviste et violeur en série semble arranger tout le monde, y compris bien sûr l'armée française, qui voit là une sorte de circonstance atténuante au comportement inqualifiable de ses trois brebis galeuses.
« Firmin Mahé n'était ni un meurtrier ni un coupeur de routes », affirme l'avocat. Selon ses proches - et notamment son frère, Jacques Dahou, avec qui il vivait -, ce plombier-électricien père d'un garçon de 2 ans était un simple membre de la milice d'autodéfense de son village, comme il en existe tant dans l'Ouest ivoirien, mais rien de plus. « J'ai demandé une enquête de moralité, poursuit Me Ndoumou, et j'attends que l'état-major de l'opération Licorne me démontre, preuves à l'appui, son pedigree de criminel ; tous les médias ont repris cette version sans la moindre vérification. Auraient-ils procédé de cette manière s'il s'agissait d'un citoyen français ? » Outre le fait que, même dans le cas où Mahé était un délinquant, le contingent français n'avait aucun droit de l'interpeller - Licorne est une force d'interposition, non de maintien de l'ordre, et il n'entre pas dans ses prérogatives de se substituer à la police ivoirienne -, la thèse défendue par Me Ndoumou ouvre une autre perspective : celle du crime gratuit, commis hors de tout cadre menaçant, à l'encontre d'un individu ramassé au hasard au bord de la route. Un acte sordide auquel la « solution finale » utilisée - l'asphyxie à l'aide d'un sac en plastique - ajouterait une touche, assez effarante, de sadisme.

Le choc d'une exécution
http://www.lexpress.fr/actualite/politique/le-choc-d-une-execution_483708.html?xtmc=le_choc_d\%27une_ex%E9cution_2005&xtcr=8
Par par Elodie Bernard, Eric Pelletier et , publié le 08/12/2005
Des militaires français de l'opération Licorne ont bien éliminé Firmin Mahé, un bandit ivoirien, sur ordre de supérieurs. Mais lesquels? Enquête sur une affaire qui secoue la haute hiérarchie
Le souvenir des sinistres "corvées de bois" vient de rattraper l'armée française. Jusqu'au mois d'octobre, la mort de Firmin Mahé, bandit de grand chemin décédé en pleine brousse, en Côte d'Ivoire, n'avait rien d'une affaire d'Etat. Les conditions de son exécution n'étaient qu'un souvenir de guerre partagé par un petit cercle de militaires. Aujourd'hui, l'enquête de Brigitte Raynaud, juge d'instruction au tribunal aux armées, et de la brigade criminelle met en cause l'ensemble de la hiérarchie qui dirigeait, à l'époque, l'opération Licorne. A tel point que le général quatre étoiles Henri Poncet devrait prochainement être entendu. On reproche à ce para charismatique, connu pour ses colères homériques, d'avoir implicitement donné l'ordre de supprimer Mahé ou, au minimum, d'avoir couvert les hommes qui l'ont fait. 
On est loin, très loin, de l'euphorie qui règne, le 13 mai dernier, dans le camp français de Bangolo, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, lorsque la nouvelle crépite sur la radio: Firmin Mahé, le "coupeur de routes", vient d'être arrêté. Dans la matinée, l'homme a été aperçu par une patrouille qui a ouvert le feu. Blessé, il a réussi à se fondre dans la brousse. Ce n'est que vers 18 heures qu'on repère de nouveau le fugitif, en bordure d'un chemin: il est arrêté. Cette fois, l'armée française tient sa revanche. Considéré comme proche des rebelles, soupçonné de cinq meurtres et de quatre viols, Mahé a déjà été interpellé, mais la justice locale l'a libéré sans autre forme de procès. Dès lors, il est devenu un "objectif prioritaire". Sa neutralisation doit en effet montrer la détermination du camp français et sa capacité de restaurer l'ordre dans la "zone de confiance" dont il est responsable. Une région ultrasensible, exposée aux attaques des rebelles et des forces loyalistes de Laurent Gbagbo. Cette arrestation doit aussi ressouder les militaires français, marqués par la tragédie de Bouaké: en novembre 2004, une attaque aérienne sur le camp avait tué neuf de leurs camarades, ainsi qu'un civil américain. 
On prévient aussitôt le colonel Burgaud, qui, de son QG de Man, dirige les 850 militaires français présents dans l'ouest de la Côte d'Ivoire. Cet officier de 43 ans, chef de corps du 13e bataillon de chasseurs alpins de Chambéry, relaie à son tour l'information au grand patron, le général Poncet, basé à Abidjan. Ce dernier ordonne de ramener le prisonnier à l'infirmerie de Bangolo pour les premiers soins. Mais le camp a préparé un autre comité d'accueil: dès son arrivée, Mahé est passé à tabac. Trois hommes, dont l'adjudant-chef Guy Raugel, sont ensuite chargés de le conduire en blindé léger à l'hôpital de Man, à plus de 50 kilomètres de Bangolo. Ici, tout le monde a compris que le "coupeur de routes" entame un voyage sans retour. 
La suite, c'est l'adjudant-chef Raugel qui la raconte aux policiers de la "crim'": Mahé, inconscient, "se trouvait allongé, je pense, sur son côté gauche. Environ cinq minutes après le départ, et avant d'être arrivé à hauteur du checkpoint, soit juste après la sortie de Bangolo, j'ai décidé d'agir. Pour cela, je me suis emparé d'un sac plastique noir et d'un rouleau d'adhésif marron qui sert normalement à attacher les mains des personnes que nous interpellons. J'ai enfilé le sac-poubelle sur sa tête, je l'ai serré autour du cou et ai entouré ce dernier avec le Scotch en faisant plusieurs tours afin que l'air ne puisse plus passer. A ce moment-là, Mahé a eu des soubresauts et un râle. Il s'est tendu puis évanoui." Vers 20 heures, en arrivant à Man, le corps est déjà froid. 
Cellule de soutien psychologique
Quelques heures plus tard, le général Poncet apprend les conditions dans lesquelles Mahé a été expédié ad patres. L'officier supérieur donne son aval à la rédaction d'un avis de décès sous la forme d'un communiqué taillé au cordeau. "Poursuivi mais se voyant cerné, [Mahé] a ouvert le feu en direction des éléments de la force Licorne", qui "ont riposté" et le suspect "est mort de ses blessures". Il ne reste qu'à féliciter l'équipage du blindé. Plus tard, il aura même droit à une cellule de soutien psychologique! Le 17 mai, soit quatre jours après l'assassinat de Mahé, le général Henri Bentegeat, chef d'état-major de l'armée française, arrive à Abidjan. Au passage, il questionne Poncet sur l'affaire Mahé. Sans sourciller, celui-ci ment et lui joue l'air connu de la légitime défense. 
L'affaire semble donc définitivement enterrée. En réalité, elle couve à petit feu avant que ses braises n'enflamment le ministère de la Défense. Au début d'octobre, un officier de retour de Côte d'Ivoire se confesse auprès de l'un de ses camarades, rencontré par hasard au bureau du personnel, à Paris. Celui-ci s'en ouvre lui-même au général Gérard Bezacier, commandant la région terre nord-ouest. Le 11 octobre, à son retour d'une mission au Chili, le général alerte la hiérarchie. La ministre de la Défense entre alors dans une colère noire. Fait rarissime, Michèle Alliot-Marie décide de muter immédiatement plusieurs hauts gradés, dont le général Poncet, qui écope d'un "blâme". Le dossier est parallèlement transmis à la justice. Les enquêteurs ont désormais la conviction que Mahé a été supprimé après un ordre mûrement réfléchi et non sur un coup de sang. Ils s'attachent donc à remonter la chaîne hiérarchique, épluchant notamment la facturation détaillée des téléphones portables qui, le 13 mai dernier, ont fonctionné à plein régime entre Abidjan et la zone ouest. 
L'histoire prend une dimension judiciaire quand les trois militaires impliqués dans le dernier voyage de Mahé sont placés en garde à vue au 36, quai des Orfèvres, le 28 novembre. L'adjudant-chef Raugel reconnaît avoir, à plusieurs reprises, reçu des ordres de son capitaine et surtout du colonel Burgaud. Celui-ci lui a expressément demandé de prendre son temps lors du transfert de Mahé entre Bangolo et Man? 
"N'étant pas certain de ce que cela voulait dire, j'ai demandé au colonel s'il devait arriver mort, poursuit le sous-officier. Il m'a répondu: "Vous m'avez bien compris."" Pour Me Eric Morain, l'avocat de l'un des mis en examen, "le langage utilisé est sans ambiguïté pour des personnes évoluant dans le milieu militaire". Toujours selon le témoignage de Raugel, le colonel Burgaud a précisé sa pensée un peu plus tard: "Vous lui mettez une balle lors d'une tentative d'évasion..." Après cinq interrogatoires à la brigade criminelle, Eric Burgaud finit par admettre avoir parlé d'une "tentative d'évasion", sans plus de précision. Il reconnaît avoir ajouté: "L'idéal, c'est qu'il arrive mort..." Il conteste pour autant avoir donné un ordre formel. Et, à son tour, il met en cause sa hiérarchie, en l'occurrence le général Poncet. "Vers 18 h-18 h 15, dit-il, apprenant l'interpellation de Mahé blessé, j'ai pris attache téléphonique avec le général Poncet [...] afin de prendre des instructions. Le général m'a alors dit: "Vous le remontez à Man, vous roulez doucement, vous me comprenez?" J'ai compris la même chose que tout le monde, c'est-à-dire que l'idéal était que Mahé arrive mort." 
Henri Poncet, lui, ne reconnaît qu'une faute: avoir couvert l'opération. Quand on lui a révélé les conditions exactes du meurtre de Mahé, il a demandé combien de personnes étaient au courant. On lui a répondu: cinq. Il aurait alors pensé que le secret pouvait être gardé et décidé de protéger ses hommes. "Par fraternité d'armes, selon son avocat, Me Jean-René Farthouat. Le général Poncet n'a jamais donné l'ordre de tuer Mahé, ni explicitement ni implicitement." Dans l'entourage de l'officier supérieur, on évoque l'intervention de réseaux francs-maçons et catholiques intégristes liés à l'Opus Dei pour stopper sa carrière. Il sera décidément difficile de cerner une vérité qui s'abrite entre le non-dit et l'interprétation. 


mort de mahé : une homonymie ? vraiment ?


«
Mort de Mahé : une homonymie ?» titrait NOUVELOBS.COM hier | 21.12.05 | 18:30 :
« Un procès-verbal de gendarmes de la force Licorne évoque la possibilité qu’il ait pu y avoir confusion sur la victime.» {…} Cela sur la base d’une information provenant de
 JA/L’intelligent et du Canard enchaîné.
À présent la chose fait carrément le 20h 00 de France 2, annoncée dès le titre ! Quand une telle bavure obtient une telle notoriété, des questions se posent — surtout quand on se souvient de quelques informations antérieures.
Par exemple :
«Un chef de milice abattu dans l’Ouest ivoirien»
titrait l’agence Pana le 17.05.05 sur une information de Licorne concernant la même affaire :
«Abidjan, Côte d’Ivoire (PANA) – Une patrouille de la force française "Licorne" a abattu, vendredi dernier, dans la localité de Guchiebli située dans la région de Bangolo (à environ 600 km à l’ouest d’Abidjan), un redoutable chef de milice dénommé "Mahé", selon un communiqué de la "Licorne" parvenu à la PANA. 17/05/2005»
(Le terme «milice» est à mettre entre guillemets, dans la mesure où l’on sait que les «milices» que nos médias et la Françafrique renvoient dos-à-dos avec la rébellion armée, sont des villageois organisés en groupe d’auto-défense pour ne pas se faire massacrer : cf. ci-dessous l’interview du frère de Firmin mahé. Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet sur l’impunité concernant les atteintes aux Droits de l’Homme dénoncée par HRW — http://www.fratmat.net/content/detail.php?cid=jAQ7Wsf0lzL —, impunité volontiers reprochée à un pouvoir souvent empêché d’agir.)
Le communiqué de Licorne sur la mort du «redoutable chef de milice dénommé "Mahé"» sera, à l’époque, bientôt remplacée par la version dite du «coupeur de route». L’ «homonymie» serait alors la troisième version — avec explication de MAM toujours aussi délicate, un an après sa «vingtaine» : «"Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a énormément de gens qui s’appellent Mahé" en Côte d’Ivoire, a souligné mercredi la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie» (cit. Nouvelobs.com). Traduction pour les proches : chère Madame Dupont, on a tué votre mari Paul, à la place de Pierre Dupont, mais vous savez, il y a tellement de Dupont en France ! Sans commentaire.
La première version, elle, avait été confirmée quelques jours après par le frère de Firmin Mahé :
«Dahou Jacques, frère aîné de Mahé, tué par les hommes de Poncet : "Nous réclamons la dépouille de notre frère et portons plainte contre la force Licorne" – Entretien»
Le Courrier d’Abidjan – jeudi 20 octobre 2005 — http://news.abidjan.net/article/?n=154641 :
«L’affaire Poncet va certainement connaître des rebondissements. Dahou Jacques, frère aîné du jeune Dahou Mahé Firmin, tué par les soldats français de la force Licorne en mai 2005, témoigne sur les circonstances de la mort de son cadet. La famille de la victime réclame en outre la dépouille mortelle de leur fils et a décidé de porter plainte contre la force Licorne.
— M. Dahou Jacques, pouvez-vous nous expliquer les circonstances de la mort de votre frère Mahé ?
Il faut dire que c’est une mort préméditée par la Force Licorne. Car, les soldats français, dans la zone de confiance, en voulaient énormément aux jeunes qui érigent des barrages d’autodéfense pour empêcher les incursions des rebelles. Ces rebelles commettaient des exactions en zone de confiance, particulièrement dans notre village, Dah. Quelquefois, nous saisissons des armes sur ces personnes que nous remettons à notre chef de village, Kpahé Zoh Bernard. Celui-ci a été assassiné par les rebelles bien que la Licorne patrouille dans la zone. Donc les militaires français n’appréciaient pas cette attitude, qui consiste à ériger des barrages d’autodéfense en zone de confiance, où eux doivent être les seuls maîtres des lieux. Mais, les rebelles pouvaient rentrer pour perpétrer des exactions impunément. Le malheur de mon jeune frère Mahé a commencé à partir de l’instant où il a été identifié par les soldats français comme étant le chef de notre barrage d’autodéfense, dans le village de Dah. Dès lors, ils l’avaient dans leur viseur et suivaient tous ces mouvements. Le jour des faits, mon frère se rendait au marché d’un autre village, en compagnie de ma copine, Edith. Les Français sont donc allés l’intercepter et lui ont intimé l’ordre de monter avec eux dans leur char. Ce qu’il a refusé, vu que cette attitude était suspecte. Et comme ils insistaient de plus en plus, Mahé a pris la fuite dans la brousse en bordure de la route. C’est ainsi qu’ils ont ouvert le feu sur lui.
— La Licorne raconte que c’est Mahé qui a été le premier à ouvrir le feu, et que ses éléments étaient en état de légitime défense…
Comment expliquez-vous le fait que quelqu’un qui se rend au marché, un lieu public, dans une zone contrôlée par la Licorne et les Casques bleus, soit armé ? Ce sont plutôt les rebelles qui entrent dans nos zones sans être inquiétés par les Forces dites impartiales qui sont armés. Ces rebelles font des incursions, ils tuent nos parents sans être appréhendés. Mahé était tout simplement habillé comme un bon citoyen qui se rendait au marché de Guéhiébly. Ce sont les Français qui ont ouvert le feu sur lui, lorsqu’il a pris la fuite. Ils ont fait venir ensuite deux hélicoptères pour déverser de l’eau chaude dans la zone où s’est réfugié mon frère. Et lorsqu’un coup de feu a atteint mon frère, celui-ci a poussé un cri strident dans sa cachette. Ils l’ont alors repéré et ligoté sur leur char. Tout en sang, mon frère a été conduit à Man, en zone rebelle. Nous nous interrogions sur son sort lorsque, après plusieurs mois, nous apprenons à travers la presse que c’est à cause des circonstances de son décès que le général Poncet a été suspendu en France.
— La Licorne soutient que votre frère est un gangster à la tête d’une bande de jeunes coupeurs de route qui sévit à Bangolo, et qu’il aurait à son actif plusieurs crimes. Qu’en dites vous ?
Je ne crois pas à cet argument brandi par les soldats français. Ils ont tué mon frère pour d’autres raisons. Ils l’ont tué parce que c’est lui le chef d’un groupe d’autodéfense qui empêchait les rebelles de tuer, voler, violer nos parents et piller nos villages. Et les rebelles se plaignaient aux soldats français à Man. Nous avions les échos. Ils l’ont tué parce que nous empêchions la libre circulation des rebelles en zone de confiance, et faisons barrage à leur intention de progresser jusqu’à Duékoué, en zone gouvernementale. Ils se sont certainement dits qu’en le tuant, ils réussiraient à nous démotiver, à nous enlever l’envie de protéger nos parents et nos biens. Si vous avez bien suivi, c’est après la mort de Mahé et l’arrestation de plusieurs jeunes qui croupissent actuellement encore dans les prisons des rebelles à Man, que les villages de Petit-Duékoué et Guitrozon ont connu de violentes attaques. Ces bourreaux étant venus de la zone de confiance. Est-ce que c’est mon frère Mahé et son groupe qui ont attaqué le village Diéouzon à deux reprises ? Est-ce que c’est encore eux qui ont attaqué plusieurs autres villages de Bangolo ? C’est bien des rebelles que la Licorne n’a pas voulu appréhender jusqu’à ce jour. Si mon frère était un gangster qui créait l’insécurité dans son propre village, vis-à-vis de ses parents meurtris, nous l’aurions empêché nous-mêmes par tous les moyens. La réaction de la Licorne est comparable à celle qu’elle a eue en novembre 2004, à Abidjan. C’est-à-dire en découdre avec ceux qui font barrage à ses objectifs funestes et aux objectifs de ses alliés rebelles. Ils pensaient qu’en tuant Mahé, ils allaient casser l’ardeur du groupe, mais certains de ses camarades sont encore là, à Dah (Bangolo) et nous pouvons aller les rencontrer. Un des chefs du groupe, Dié Prince, au même titre que Mahé, qui a aussi échappé à la furia des soldats français est aussi là, vous pouvez le rencontrer.
Mon frère est un jeune qui fait de la bricole, la plomberie, l’électricité en bâtiment, le carrelage, etc. C’est moi-même qui lui ai appris ces métiers. Et c’est grâce à ces métiers qu’il pouvait subvenir aux besoins de sa petite famille, sa femme et son enfant, qui a deux ans aujourd’hui. Mahé n’a jamais été un vulgaire bandit comme tentent de le présenter les Français. C’est un jeune âgé de 30 ans, courageux, qui nourrissait beaucoup de bons projets pour que son enfant grandisse dans la joie.
— Que comptez-vous faire, maintenant que vous êtes situés sur la situation de votre frère Mahé que vous avez perdu de vue depuis plusieurs mois ?
Mes parents et moi allons porter plainte contre la force Licorne, parce que je viens d’apprendre que mon frère a été tué par la Licorne et que le général Poncet a couvert son meurtre. Mon frère a été assassiné injustement par les soldats français. C’est un crime parmi plusieurs autres crimes que les soldats français ont commis chez nous, qui ne doivent pas rester impunis. Nous réclamons ici et maintenant la dépouille mortelle de notre frère à la Licorne, à la France. Nous demandons aussi aux autorités ivoiriennes de faire pression pour qu’ils nous situent sur le sort de nos frères que la Licorne a fait incarcérer dans les prisons des rebelles à Man.
Saint-Claver Oula»

Le point
sur l'affaire Poncet

Publié le 19-01-2006 à 10h07
Par 

Cinq militaires, dont le général Poncet, ex-patron de la force Licorne, ont été mis en examen dans l'enquête sur la mort de Firmin Mahé en 2005.

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Le général français Henri Poncet, ancien patron de la force Licorne en Côte d'Ivoire, a été inculpé mardi 13 décembre à Paris pour "complicité d'homicide volontaire", mais laissé en liberté, après avoir été mis en cause dans l'enquête sur la mort par étouffement d'un civil ivoirien après son arrestation par des soldats français en mai 2005.
Le juge d'instruction du tribunal aux armées de Paris (TAP) Brigitte Raynaud, avait saisi le juge des libertés et de la détention (JLD), en vue d'un éventuel placement en détention, contrairement aux réquisitions du parquet. Mais ce magistrat n'a pas jugé nécessaire d'écrouer le général.
L'adjoint en Côte d'Ivoire du général Poncet, le général Renaud de Malaussène, a été entendu par la brigade criminelle mais n'a pas été placé en garde vue, étape précédant une éventuelle mise en examen (inculpation). Il était absent de la chaîne de commandement le jour des faits. Selon des sources proches du dossier, le général Poncet, mis en examen pour "complicité d'homicide volontaire", a dit qu'il "assumait" avoir couvert ce meurtre parce qu'il voulait éviter des violences anti-françaises, mais a "formellement démenti", selon ces sources, avoir donné un ordre explicite ou implicite visant à faire tuer Firmin Mahé.

Quatre autres militaires inculpés

Quatre militaires ont été inculpés le 30 novembre dans cette affaire, instruite par la juge d'instruction du tribunal aux armées (TAP) Brigitte Raynaud, chargée d'une information judiciaire pour "homicide volontaire".
Parmi eux, l'adjudant-chef Guy Raugel, qui a reconnu avoir étouffé Firmin Mahé avec un sac plastique, est poursuivi pour "homicide volontaire" ainsi que le brigadier-chef Johannes Schnier qui se trouvait aussi dans le véhicule blindé léger où l'homme a été tué.
Le colonel Eric Burgaud, inculpé de "complicité d'homicide volontaire", a mis directement en cause le général Poncet lors de sa garde à vue le 29 novembre, affirmant qu'il lui avait donné l'ordre implicite de tuer Firmin Mahé.
"Vous le remontez à Man (où se trouve l'hôpital, 570 km à l'ouest d'Abidjan). Vous roulez doucement. Vous me comprenez", aurait indiqué le général au colonel Burgaud après avoir appris la capture de Mahé, blessé à la jambe.
Entendu par la juge Raynaud le 7 décembre, le colonel Burgaud a confirmé ses déclarations précisant notamment: "quand un général trois étoiles dit à un colonel +vous roulez doucement, vous me comprenez+, il n'y a pas besoin de faire répéter les choses".
Le brigadier Lianrifou Ben Youssouf qui conduisait est poursuivi pour "complicité".
Firmin Mahé a été présenté par les militaires comme un "coupeur de routes", bandits de grand chemin responsable de meurtres et viols, ce que dément un avocat de la famille. Selon Me Fabien Ndoumou, Firmin Mahé n'était qu'un "citoyen ordinaire" qui participait à "l'autodéfense de son village, en aucun cas une milice" et "avait pour occupation de petits bricolages, de la plomberie, de l'électricité".

Coupeurs de routes

A partir du mois d'avril 2005, les "coupeurs de routes" étaient devenus la priorité des militaires français dans le cadre de leur mission de maintien de l'ordre sur la ligne de partage entre le sud et le nord, tenu par les rebelles des Forces nouvelles depuis leur tentative de coup d'Etat en septembre 2002.
Le général Poncet et le général de Malaussène avaient été suspendus mi-octobre à la suite de la remise d'un rapport d'enquête au ministère français de la Défense et de la révélation de l'affaire par le ministère.
Fait exceptionnel, les deux officiers avaient fait l'objet d'un blâme le 2 novembre, infligé par la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie.
La France maintient 4.000 soldats en Côte d'Ivoire dans la force Licorne, aux côtés de plus de 7.000 casques bleus engagés dans l'Opération des Nations unies dans ce pays (Onuci) pour empêcher une reprise des violences dans l'ancienne colonie française coupée en deux depuis septembre 2002.

Chirac condamne "une faute grave"

Jacques Chirac a défendu lundi 9 janvier, lors de ses voeux aux Armées, "la réputation des armées françaises" après la mise en cause de membres de l'état-major dans l'affaire Mahé, tout en soulignant qu'il s'est agi d'"une faute grave"."Cet acte condamnable a été rendu public à l'initiative de votre hiérarchie. C'est un acte qui ne saurait en rien ternir la réputation des armées françaises. Il doit néanmoins vous inciter à réfléchir toujours davantage au sens profond du métier des armes", a déclaré Jacques Chirac, en soulignant que "les Françaises et les Français attendent de vous, qui portez les armes de la Nation, la plus grande exemplarité" ainsi qu'"un comportement irréprochable".
Vendredi 20 janvier

Affaire Mahé: des officiers de Licorne mettent en cause le colonel Burgaud

Des officiers ayant servi dans la force Licorne ont mis en cause, devant la juge du tribunal aux armées de Paris (TAP), le colonel Eric Burgaud dans l'affaire du meurtre de Firmin Mahé en mai 2005 en Côte d'Ivoire, a-t-on appris vendredi de source proche du dossier.

Les capitaines de Larminat et Le Segretain, présents en Côte d'Ivoire au moment des faits, ont été entendus par la juge Brigitte Raynaud début janvier 2006, selon la même source.

"J'ai senti une déception" du colonel Burgaud lorsqu'il a appris que la blessure de Mahé n'était "pas mortelle", aurait déclaré le capitaine de Larminat à la magistrate.

En outre, cet officier déclare également que la reconstitution organisée quelques jours après les faits sur la base de "la légitime défense" a été décidée par le colonel Burgaud.

Pour sa part, son collègue, le capitaine Le Segretain a déclaré à la juge que l'adjudant-chef Guy Raugel, (qui a reconnu avoir tué Mahé) a dit à Burgaud: "ça y est, je l'ai tué mon colonel". Ce à quoi l'officier aurait répondu: "c'est bien, Raugel", en lui tapant sur l'épaule.

"A aucun moment, je n'ai senti le colonel Burgaud effondré", a-t-il ajouté.

Concernant la reconstitution des faits, le capitaine Le Segretain a déclaré que selon Burgaud, le général Henri Poncet, mis en examen dans cette affaire, aurait déclaré qu'il fallait "acheter le silence de ces trois militaires (ceux présents dans le véhicule où a été tué Mahé, ndlr) en les récompensant".

Le colonel Burgaud a reconnu avoir félicité Raugel mais avant qu'il ne sache réellement ce qui s'était passé. En outre, concernant la reconstitution des faits, la position du colonel est qu'il n'a fait que transmettre un ordre "venu de plus haut", a indiqué à l'AFP son avocat Me Alexis Gublin.

La juge Raynaud est saisie depuis le 17 octobre d'une enquête visant uniquement des faits d'"homicide volontaire". Firmin Mahé est mort étouffé la tête sous un sac en plastique dans un véhicule blindé de l'armée française le 13 mai 2005 entre Bangolo et Man (ouest de la Côte d'Ivoire).
Simplice Zahui


Côte d'Ivoire : sur la piste du véritable Firmin Mahé

LE MONDE | 20.01.2006 à 14h15 • Mis à jour le 20.01.2006 à 14h15 |Par Franck Johannès et Jean-Philippe Rémy

Isidore dégage à grands coups de machette les hauts taillis qui recouvrent la tombe. Dessous, le sol est nu, la terre ocre s'est un peu tassée dans la fosse, creusée le long du sentier qui grimpe du cimetière jusqu'au mont Glas. C'est là qu'a été enterré Firmin Mahé. A même la terre, enroulé à demi-nu dans un méchant pagne, après avoir été tué le 13 mai 2005 par les soldats français et déposé, dans la nuit, devant la morgue de l'hôpital de Man, en Côte d'Ivoire. A Paris, la Brigade criminelle chargée de l'enquête ignore encore où se trouve son cadavre. Comme l'armée, la justice ivoirienne et même la famille du disparu.

En homme avisé, Isidore a inhumé le corps un peu à l'écart. Loin des fosses des premières victimes de la guerre, tuées il y a trois ans et si rapidement recouvertes au bulldozer que, du bout de la machette, il retourne une motte et dégage une cervicale. "Mahé, c'était un braqueur, explique le gardien du cimetière, il doit secoucher seul. On ne sait jamais, peut-être les enquêtes vont venir."
Qui était Firmin Mahé ? Un "coupeur de route", un bandit de grand chemin"recherché pour de nombreux crimes commis dans le secteur", comme l'assure le général Henri Bentégeat, chef d'état-major des armées françaises ? Le ministère de la défense lui attribue, sans hésiter, "5 morts, 9 blessés et 4 viols"entre le 3 avril et le 5 mai 2005, c'est-à-dire l'ensemble des crimes relevés dans la région dans cette période. En réalité, dans une région où les preuves manquent et les manipulations abondent, nul n'en sait rien. Les soldats français, relevés tous les quatre mois, n'ont ni le temps ni les moyens de percer les subtilités politiques des rivalités locales.
Les Français ne sont même pas sûrs d'avoir tué "le bon" Mahé. La thèse de la confusion avec un "homonyme", Nestor Komahé, du village de Gouégui, ne tient guère : c'est bien Firmin qui était visé. Nestor, que tout le monde connaissait sous le nom de Zas, a été arrêté la veille de la mort de Mahé. Il croupit depuis dans une geôle de Man, sans espoir de jugement — il n'y a plus de système judiciaire depuis longtemps dans la région.
La trace de Firmin Mahé commence à Dah, un village de 4 000 âmes à l'ouest de la Côte d'Ivoire. La route goudronnée grimpe de Duékoué, tenue par les forces loyalistes au Sud, traverse la "zone de confiance" contrôlée par l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci) et surtout les militaires français de la force "Licorne". Elle file ensuite jusqu'à Man, entre les mains des ex-rebelles des Forces nouvelles, qui contrôlent la moitié nord du pays. Entre les deux, à hauteur de Bangolo, préfecture et épicentre local des combats, la piste s'enfonce de quelques kilomètres dans la brousse, vers Dah.
Célestin Doh et son frère Mathias se cramponnent dans une voiture fatiguée sur la piste défoncée, jusqu'à l'étang où trempent quelques arbres. C'est le Tohou, qui protège le village. "Eau sacrée, interdit de pêcher", prévient un panneau aimablement offert par le commandant de l'Onuci à Bangolo. Mathias descendparler en langue guéré aux poissons, pour qu'ils bénissent le passage. "Un jour les Yacoubas, des gens du Nord, sont venus attaquer le village, explique Célestin, ils ont pris de l'eau et se sont endormis. Les guerriers guérés ont pu les tuer. C'est la vérité, même l'ONU l'a reconnu."
Célestin et Mathias sont cousins de Mahé, ils vivent à Abidjan. Célestin a réussi. Il a 30 ans, prépare une thèse de sociologie, il est surtout sous-brigadier des douanes à l'aéroport. Il envisage sérieusement d'acheter un 4 × 4 et veille sur sa carte professionnelle qui vaut tous les sésames aux barrages routiers.
Mahé avait probablement 29 ans lorsqu'il a été tué. Les certitudes manquent : le toit du bureau de l'état-civil, à la mairie de Bangolo, a été détruit par les rebelles et ce qui reste de documents a été lessivé par les pluies. Sa mère, Makoula Gahou est morte en 1978, son père, Gaston Sylla Dahou en 1985. Il avait trois soeurs — Joséphine, Yvonne et Eglantine — et deux frères, Guy Maurice Dahou, mort "en 2002 ou 2003", et Jacques Dahou, 41 ans.
Le vrai nom de Mahé était donc Firmin Dahou. "Mahé", patronyme courant dans la région, était son "nom proverbial", le seul usuel, qui, en guéré, signifie "tu verras", ou "as-tu oublié ?" — sous-entendu, "oublié la tradition" ; ce qu'à Dieu ne plaise. Firmin a été élevé par une parente jusque vers 15 ans dans un village voisin, Béoué, avant de rejoindre son frère Jacques à Abidjan, en 1991 ou 1992.
Dans la métropole lagunaire qui vivait alors ses dernières années fastes, Jacques a monté un petit atelier de plomberie dans le quartier populaire de Koumassi. Atelier est un grand mot : un coin de trottoir poussiéreux, une sacoche pour les réparations, quelques restes de chasse d'eau en plastique pour bien fixer la nature du commerce. Comme tant d'autres, attiré par les gratte-ciel d'Abidjan, Mahé vivote.
Il s'est mis en ménage à Port-Bouët, près de l'aéroport, avec Sylvie Laho, une jolie femme de 32 ans rencontrée à Dah en 1990, et dont il a eu un petit garçon, Gaël, le 30 août 2004. Il rentre régulièrement à Béoué, dans l'Ouest, où il entretient un second ménage avec Edith Zahédié, 22 ans, qui lui a donné une fille, Epiphanie, 6 ans. "Mahé me disait qu'il retournait au village cultiver son champ de riz, explique Sylvie, à Abidjan. Moi je restais là, l'enfant était trop petit." "Je lui disais : il fautquitter Abidjan, indique Edith à Béoué, il n'y a rien là-bas."
Puis la guerre est arrivée, en septembre 2002. Un groupe de militaires, discrètement appuyés par le Burkina Faso voisin, tente de renverser le président Laurent Gbagbo.
La tentative échoue, les mutins se font rebelles et prennent le contrôle de la moitié nord du pays. "Tous les villageois avaient fui Bangolo, se souvient Célestin, et s'étaient réfugiés à Dah, dont la force mystique est reconnue." Les rebelles passent au village le 1er févier 2003, reviennent le 22 mars, et laissent derrière eux 48 morts, dont un cousin de Célestin.
Le chef du village, Bernard Kpaézo, mort depuis, réunit les jeunes du village et créé un groupe d'autodéfense, avec une quarantaine de machettes et quelques fusils calibre 12, l'arme de chasse traditionnelle. Le groupe est pompeusement baptisé Force d'intervention rapide de Dah (FIRD) et commandé par un oncle de Mahé, Prince Dié, promu général. Chacun hérite d'un badge dûment tamponné par le chef du village, et d'un slogan, "Vigilance-Rigueur-Efficacité".
En cette période troublée où les miliciens du Liberia voisin se sont joints à la guerre civile ivoirienne dans l'Ouest, où chaque camp se livre à des massacres, l'émergence de petites structures locales de défense est, dans un premier temps, considérée avec bienveillance par les forces étrangères, qui tentent de ramenerun semblant de calme — troupes françaises et africaines d'une force d'interposition régionale. Selon les habitants de Dah, les soldats distribuent quelques treillis et des rangers. Prince Dié a toujours une lampe frontale offerte, avec quelques conseils, par un certain "adjudant Dieu" de Licorne.
Le bilan des affrontements à Dah est modeste. Mais la région vit dans la terreur et la hantise de l'infiltration, chacun soupçonne son voisin d'être un espion. Les Forces nouvelles ont été repoussées jusqu'à Man, mais les bandes armées pullulent. La création d'une "zone de confiance" entre le Nord et le Sud, où patrouillent les "forces impartiales", ne parvient pas à ramener le calme. La région cumule toutes les violences, des communautés qui vivaient en paix avant la guerre sont désormais à couteaux tirés. D'un côté, les Dioulas, du Nord, qui forment avec des Ivoiriens venus d'autres régions, des Burkinabés et des Maliens parfois installés de longue date en Côte d'Ivoire, la vaste masse des "allogènes", selon la terminologie empoisonnée du pays. De l'autre, les "autochtones", qui accusent aujourd'hui les nouveaux venus de piller leurs terres. Avec la guerre, chaque communauté est supposée avoir choisi son camp, présidentiel pour les "autochtones", notamment le groupe guéré de Mahé, rebelles pour les "allogènes".
Dans la "zone de confiance", les haines bouillonnent d'autant plus que l'argent excite les convoitises. La région est riche de son "or brun", le cacao, que les acheteurs, à bord de petits camions, vont chercher au fond de la brousse poursortir les fèves du pays, en direction de Man ou de Duekoué. Les sommes transportées par les acheteurs ont toujours tenté les braqueurs. Les alentours de Bangolo, grosse zone de production cacaoyère et berceau de Firmin Mahé, sont réputées abriter de nombreux "coupeurs de route". A la faveur de la guerre, l'ancien plombier est devenu membre de la galaxie des "patriotes", les fidèles du président Gbagbo. Le cousin Célestin lui-même est un proche de Charles Blé Goudé, "général de la jeunesse" et leader des jeunes patriotes. Cela n'en fait pas un bandit mais, comme le remarque Célestin, "Mahé avait reconnu des Dioulas pendant les attaques rebelles qui sont revenus comme commerçants. Il réglait leur compte à tous ceux qui avaient attaqué son village".
En avril 2005, les transporteurs n'en peuvent plus. "Les bandits sont à Bangolo, ils repèrent les camions et tuent les chauffeurs, jure l'un de leurs responsables à Man. C'est le gouvernement qui tue ici, en utilisant les 'patriotes'. En 'zone de confiance', ce sont les Guérés." Les villageois guérés jurent au contraire que les commerçants dioulas sont des agents des rebelles qui tentent de mettre la main sur le cacao. La crise est telle, au printemps 2005, que les transporteurs observent trois semaines de grève, jusqu'à ce que les militaires de Licorne escortent les convois.
Pour les Français, les coupeurs de route sont devenus une priorité. Trois d'entre eux ont été arrêtés, conduits chez le procureur de Daloa, qui les a relâchés. "Il faut en buter un, après ça ira mieux", reconnaît avoir dit le colonel Eric Burgaud, patron de Licorne à Man. Il charge l'adjudant-chef Guy Raugel, de Bangolo, de régler la question. Le colonel n'a jamais entendu parler de Mahé, l'adjudant-chef, si. "C'était un fou sanguinaire, indique le sous-officier au juge, il avait commis les pires choses."
Guy Raugel s'appuie essentiellement sur une source, Adèle Dito, troisième adjointe au maire de Bangolo, qui gère la municipalité en l'absence de l'élu réfugié à Abidjan. "Mahé était le chef de tous les groupes de coupeurs de route de la région, maintient Mme Dito, qui s'inquiète pour sa sécurité. Il n'a jamais vu un champ de riz, il ne vivait que du banditisme." L'un de ses adjoints assure qu'"avant la guerre ils ont violé des femmes de gendarmes". Ils auraient aussi, il y a quelques semaines, "dépouillé, taillé un jeune homme de Béoué et sucé son sang". Du coup, la mairie de Bangolo a relevé sur un cahier les noms des suspects et les a livrés aux Français. "Les forces impartiales viennent, explique un adjoint, on leur donne des informations précises, et ils s'en vont patrouiller. Nous sommes comme des indicateurs, on les met sur la voie pour que la sécurité revienne."
Evidemment, les preuves manquent. Adèle Dito reconnaît n'avoir jamais vu Mahé. Au contraire de son adjoint, qui a quelque raison de lui en vouloir. Quand les rebelles ont pris Bangolo, en 2003, un homme de la région, Francis Bahiet, en a profité pour occuper la mairie, rétablir un semblant de légalité et percevoirquelques taxes municipales. Il était alors accompagné de Mahé, mi-bras droit, mi-garde du corps. Mais quand les Français, en octobre 2003, ont repris la ville, l'ancienne équipe municipale, et notamment Adèle Dito, a voulu récupérer son poste. Les deux groupes en sont venus aux mains. Mme Dito, appuyée par les Français, a finalement récupéré son siège. Mais elle avait une bonne raison de se débarrasser du clan Mahé.
Le 13 juin 2005, Firmin qui a dormi avec sa compagne Edith à Béoué, marche sur la route avec elle et un petit cousin, Clément Gnéné, 16 ans, vers le marché de Guéyéni, pour acheter du poisson. Une patrouille de Licorne les double, quelqu'un crie : "C'est lui, Mahé !" On lui demande de monter, il se jette dans les taillis, un maréchal des logis tire une rafale, le blesse à la jambe. Les recherches, appuyées par deux hélicoptères, ne donnent rien. Dans la soirée, une patrouille ramasse Mahé en sang sur le bord de la route et le conduit, sur le capot d'une Jeep, jusqu'à Bangolo.
A l'infirmerie, Mahé, à demi-inconscient, essaie de mordre l'infirmière qui découpe son pantalon. Des soldats français le passent à tabac. Puis le colonel Burgaud demande à l'adjudant-chef Raugel de conduire le blessé à Man, "en prenant bien son temps". Guy Raugel demande si le prisonnier doit arriver mort. "Vous m'avez bien compris", répond le colonel. Dans le véhicule blindé, l'adjudant enfile un sac plastique sur la tête de Mahé, qui a les mains ligotées dans le dos, et scotche le sac avec du chatterton. "Mahé s'est étiré brusquement au point de buter contre le siège avant, a raconté Guy Raugel au juge, après, ça s'est arrêté d'un coup." A Man, le colonel Burgaud est "effondré" par le mode opératoire, il aurait préféré une bonne tentative d'évasion. Mais, "à l'infirmerie, j'ai vu le mort arriver et c'était ce qui était idéalement prévu", convient le chef de corps.
Le médecin-chef, mis dans la confidence, évite soigneusement de signer le certificat de décès. Le corps, placé dans un sac en plastique noir à fermeture à glissière, est déposé dans la nuit devant la morgue de l'hôpital de Man, qui le met au frigo. Il y reste un mois. Le temps que les Français produisent un étrange document dont il n'existe, semble-t-il, qu'un seul exemplaire.
"Après consultation des membres de la famille (...), il a été décidé par le conseil du village de Dah (...) que le dénommé Mahé n'aurait pas de funérailles dans son village et que, par conséquent, ni la famille ni les autorités ne veulent récupérer le corps du défunt." Le papier n'est signé que par deux personnes : l'adjudant-chef, qui tenait à rester discret, a évité d'apposer son paraphe. Adèle Dito a signé, avec le cachet de la mairie, à côté de la signature, en belle anglaise, de "Monsieur Gouhé Benoît, chef du village de Dah".
Plusieurs éléments laissent penser qu'il s'agit d'un faux. Le chef du village a bien vu l'adjudant-chef Raugel le 14 mai, — le militaire a eu l'estomac de venir le lendemain de l'assassinat —, mais pas un membre de la famille n'était présent. Guy Raugel, qui avait un indicateur à Dah, venait récupérer le kalachnikov du défunt. Le chef a répondu tout ignorer de l'arme. Le Français est revenu le jour suivant avec Mme Dito pour proposer de remettre le corps. Benoît Goué a refusé puisqu'il "n'est pas le parent". Le sous-officier est revenu une troisième fois avec une décharge, que le chef, devant témoins, a refusé de signer. Quelqu'un l'a fait pour lui, avec une faute à son nom. Benoît Goué ne sait d'ailleurs ni lire ni écrire et aurait obligatoirement mis le tampon du village sur un document aussi officiel qu'embarrassant.
Mahé était-il ou non un coupeur de route ? Son village assure qu'il n'en était rien, que les rebelles se sont débarrassés de lui en manipulant les Français. "S'ils voulaient l'interroger, explique son cousin Mathias, les Français n'avaient qu'àvenir au village. Il ne se cachait pas." Un certain "caporal Junior", de Licorne venait d'ailleurs souvent boire le vin de palme au village et connaissait tout le monde.
D'autres témoignages, cependant, jettent une ombre sur le défunt. Le 7 avril 2005, Frédéric Lion, dans un bus en route pour Man, est arrêté sur la grand-route juste avant Bangolo par un homme armé d'un calibre 12 à canon scié. Le reste de la bande, cachée sur le bas-côté, fait descendre la vingtaine de voyageurs. Frédéric Lion se fait rouer de coups et dépouiller de ses biens. Les bandits, qui parlent devioler les femmes, prennent la fuite en entendant un camion approcher. "Ce n'est que des mois plus tard que je suis tombé sur un article qui disait qu'un certain Mahé avait été tué par les Licorne, explique la victime. J'ai reconnu la photo de l'homme qui nous avait attaqués. Je ne suis pas content qu'on ait tué un homme en l'étouffant, mais de là à le présenter comme un combattant de la liberté, c'est indigne."
Beaucoup dans la région ne sont pas fâchés d'être débarrassés d'un coupeur de route, avéré ou pas. A Man, les ex-rebelles assurent avec satisfaction "ne riensavoir de l'affaire Mahé". Mais ils laissent prospérer un "comité de soutien au général Poncet", le chef de Licorne mis en examen le 13 décembre. "Nous ne comprenons pas qu'on vienne vilipender un général qui a neutralisé un criminel,assure Camara Daouda, dit "le Parigot", président du comité. S'il est condamné, nous allons contraindre par la force la France à quitter la Côte d'Ivoire. Pour nous, c'est une affaire politique."
"Le Parigot" a ses entrées chez les Forces nouvelles et des intérêts chez les transporteurs de cacao. Il n'y a guère que les militaires français qui doutent toujours qu'"il y ait des ramifications politiques dans cette malheureuse affaire".
Franck Johannès et Jean-Philippe Rémy

La tombe de Firmin
Mahé retrouvée

Publié le 23-01-2006 à 07h39
Par 

Le quotidien Le Monde affirme avoir localisé dans le cimetière de Man la tombe de Firmin Mahé, tué par des soldats français en mai 2005.

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Le quotidien Le Monde a annoncé vendredi 20 janvier dans son édition datée du samedi 21 janvier avoir retrouvé la tombe de Firmin Mahé, tué par des soldats français de la force Licorne le 13 mai 2005.
Cette tombe se trouverait dans le cimetière de Man, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire.
La justice française, les autorités ivoiriennes et la famille ignorent le lieu d'inhumation. La tombe a été retrouvée par les envoyés spéciaux sur les indications d'un certain Isidore, fossoyeur à Man.
"Qui était Firmin Mahé? Un 'coupeur de routes', un bandit de grand chemin?", s'interroge le journal. "En réalité, dans une région où les preuves manquent et les manipulations abondent, nul n'en sait rien", écrit Le Monde

Firmin Dahou

Firmin Mahé a été enterré "à même la terre, enroulé à demi-nu dans un méchant pagne, après avoir été tué le 13 mai 2005 par les soldats français et déposé, dans la nuit, devant la morgue de l'hôpital de Man", précise Le Monde.
Selon le quotidien, "le juge Brigitte Raynaud (en charge au tribunal aux armées de Paris de l'enquête sur la mort de Firmin Mahé, ndlr) entend faire prélever l'ADN de la victime pour confirmer son identité".
Dans leur enquête intitulée "Côte d'Ivoire: sur la piste du véritable Firmin Mahé", les journalistes assurent que le vrai nom de la victime était Firmin Dahou. "Mahé, patronyme courant dans la région, était son 'nom proverbial'" qui "en guéré, signifie 'tu verras', ou 'as-tu oublié?+", précisent les journalistes.
Mme Raynaud est saisie depuis le 17 octobre d'une enquête visant des faits d'"homicide volontaire". Firmin Mahé est mort étouffé la tête sous un sac en plastique dans un véhicule blindé de l'armée française le 13 mai 2005 entre Bangolo et Man.

ACTUALITÉ > MONDE > LE CORPS DE MAHÉ BIENTÔT EXHUMÉ

Le corps de Mahé bientôt exhumé

Publié le 24-01-2006 à 16h16
Par 

Des analyses ADN devraient être pratiquées mardi prochain sur le cadavre de l'Ivoirien tué par des soldats français en mai 2005.


Des soldats de l'opération Licorne en juin 2004 (Sipa)
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On a appris mardi 24 janvier de source judiciaire que le procureur militaire de Côte d'Ivoire, Ange Kessi, se rendra dans une semaine à Man (ouest) où aurait été enterré l'Ivoirien Firmin Mahé, tué par des soldats français de la force Licorne en mai 2005, pour assister à l'exhumation du corps.
"Je me rendrai mardi (31 janvier) à Man", a indiqué le capitaine de corvette Ange Kessi, commissaire du gouvernement, équivalent du procureur de la République.
La juge d'instruction française chargée de l'enquête en France a demandé à la justice ivoirienne de rechercher le corps de Firmin Mahé, a par ailleurs indiqué mardi à Paris une source proche de l'enquête.
 

Avant les révélation du
 Monde

Dans le cadre d'une commission rogatoire internationale, Brigitte Raynaud, juge d'instruction au tribunal aux armées de Paris (TAP), a demandé au procureur militaire ivoirien Ange Kessi de localiser le corps de Firmin Mahé et de pratiquer des analyses ADN, a indiqué cette même source.
Brigitte Raynaud, chargée depuis le 17 octobre d'une enquête visant uniquement des faits d'"homicide volontaire", est également attendue à Man le 1er février, a affirmé le procureur ivoirien.
Ces opérations auront lieu en Côte d'Ivoire au nom de la justice française et le corps ne sera pas amené en France, a-t-on précisé.
La commission rogatoire est antérieure aux révélations du quotidien français
 Le Monde du 21 janvier, dont les envoyés spéciaux, se fondant notamment sur les indications d'un fossoyeur, ont localisé la tombe de Firmin Mahé au cimetière de Man (450 km au nord ouest d'Abidjan).

Autopsie et analyses ADN

Le procureur militaire ivoirien a précisé à Abidjan que des experts français désignés par Brigitte Raynaud "seront présents lors de ce déplacement", en ajoutant avoir eu lundi "une longue conversation téléphonique" avec la juge française.
Ange Kessi n'a pas précisé les circonstances exactes entourant l'exhumation du corps de Firmin Mahé, notamment un éventuel transport du corps vers Abidjan, mais a évoqué "une autopsie et des analyses ADN".
La ville de Man est située en zone sous contrôle de la rébellion des Forces Nouvelles (FN, qui contrôlent la partie nord du pays depuis septembre 2002).
Firmin Mahé, accusé par les soldats français d'exactions et violences envers les populations locales, est mort étouffé la tête sous un sac en plastique dans un véhicule blindé de l'armée française le 13 mai 2005 entre Bangolo et Man.
Cinq militaires, parmi lesquels le général Henri Poncet, ancien patron de l'Opération Licorne, ont été inculpés dans l'affaire du meurtre de ce civil qui a ébranlé l'armée française.

Identité

L'exhumation du corps localisé à Man devrait permettre de lever les doutes sur l'identité de la victime. La publication dans la presse française d'extraits d'un rapport de gendarmes français sur l'arrestation dans la région d'un certain Nestor Mahé, avait alimenté l'hypothèse d'une confusion sur le "coupeur de route" tué par les soldats français.
La France maintient 4.000 soldats en Côte d'Ivoire au sein de la force Licorne, aux côtés de plus de 7.000 Casques bleus engagés dans l'Opération des Nations unies dans ce pays (Onuci) pour empêcher une reprise des violences dans ce pays coupé en deux depuis septembre 2002 par la rébellion des FN.


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